‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 132 sur 216 · CHAPITRE XIII, RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII, RÉSUMÉ

ou sous plusieurs chefs, et dans lesquelles les opinions religieuses jouent toujours un grand rôle. C’est lepoque du demi-savoir ou de la puissance de l’opinion. Dans ce temps, à la vengeance humaine se joint l'idée de la vengeance divine ; et c’est là le fond du système des lois pénales. Dans ce temps aussi, il s établit, entre les nations, quelques usages que l’on honore du nom de droit des gens , mais bien improprement.

Cette période dure long-temps. Elle existe encore pour presque toute la terre. Cependant, de loin en loin, la nature, c’est-à-dire, l’ordre éternel des choses dans ses rapports avec nous, a été observée. Quelques-unes de ses lois ont été reconnues. Les erreurs contraires ont été discutées. Si on ne sait pas encore toujours ce qui est , on sait déjà bien souvent, ce qui n’est pas. Quelques peuples plus éclairés ou plus entreprenans que d’autres, ou excités par les circonstances, ont tenté de se conduire d’après ces découvertes , ont essayé, avec plus ou moins de succès, de se donner une manière d’être plus conforme à la nature, à la vérité, à la raison. Voilà l’aurore du règne de celte dernière. C’est le

mal et non pas le méchant que l’on combat. Si Ion punit, c’est uniquement pour empêcher le mal à venir. Tel est l’unique principe des lois criminelles à cette troisième époque qui ne fait que de commencer.

Les gouvernemens nés et à naître , sous cette influence, peuvent être regardés comme

ayant pour principe moteur et conservateur la raison.

Leur première loi est qu’ils sont faits pour les gouvernés , et non pas les gouvernés pour eux; que, par conséquent, ils ne peuvent exister qu’en vertu de la volonté de la majorité de ces gouvernés; qu’ils doivent changer dès que cette volonté change, et que néanmoins , dans aucun temps, ils ne doivent retenir dans leur territoire ceux qui veulent s’en éloigner.

11 suit de là qu il ne peut s’y établir aucune hérédité de pouvoir, ni y exister aucune classe d’hommes, qui soit favorisée ou opprimée aux dépens ou au profit d'une autre.

Leur seconde loi est qu’il ne doit jamais y avoir dans la société une puissance telle qu’on ne puisse pas la changer sans violence , ni telle que, lorsqu’elle change, toute la marche de la société change avec elle.

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