‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 133 sur 216 · CHAPITRE XIII , RÉSUMÉ. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII , RÉSUMÉ. a

Cette loi défend de laisser la disposition de toutes les forces de la nation à un seul homme; elle empêche aussi de confier au même corps le soin de faire la constitution , et celui d’agir en conséquence. Elle conduit aussi à conserver soigneusement la séparation des pouvoirs exécutif, législatif , et conservateur ou juge des différens politiques.

La troisième loi d’un gouvernement raisonnable est d’avoir toujours pour but la conservation de l’indépendance de la nation et de la liberté de ses membres , et celle de, la paix intérieure et extérieure.

Pour arriver à ce dernier but , il doit chercher à se donner une étendue de territoire suffisante, mais telle que la nation ne soit pas composée d’élémens trop divers, et telle quelle ait les limites qui peuvent le moins faire naître des contestations, et dont la défense exige le moins l’emploi des troupes de terre. Parlesmêmesmotifs, aprèsavoir atteint ce but, on peut se lier avec des nations voisines par des liens fédératifs; et on doit toujours tendre à rapprocher, le plus possible, les relations des nations indépendantes entre elles, de l’état d’une fédération régulière. Car

254 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, c’est là le point de perfection du droit des gens, ou, si l’on veut, celui où la violence cède tout-à-fait à la justice, et où ce qu’on appelle communément le droit des gens, commence seulement à mériter de s’appeler droit.

Il suit encore de cette loi que le gouvernement ne doit porter aucune atteinte à la sûreté des citoyens , ni à leur droit de manifester leurs sentimens sur toutes sortes de sujets, ni à celui de suivre leurs opinions en matière de religion.

Telles sont , à peu près , je pense, les lois fondamentales de tout gouvernement vraiment raisonnable ; et celles-là sont les seules réellement fondamentales , en ce sens qu’elles seules sont immuables et doivent toujours subsister. Car toutes les autres peuvent et doivent être changées, quand les membres de la société le veulent , en observant toutefois les formes nécessaires. Aussi les lois dont nous parlons , ne sont pas proprement des lois positives. Ce sont des lois de notre nature, des déclarations de principes, des énoncés de vérités éternelles. Elles devraient se trouver à la tête de toutes nos constitutions , au lieu de ces déclarations de droits que l’on est dans

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