‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 134 sur 216 · CHAPITRE XIII, RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII, RÉSUMÉ

l’usage d'y mettre depuis quelque temps. Ce n’est pas que je blâme cet usage. Je sais que c’est un grand pas de fait dans l’art social. Je sais qu’il fera époque à jamais dans l’histoire des sociétés humaines (i). Je sais qu’il est très-utile, puisqu’on n’ose pas le suivre quand on donne à une nation une constitution vicieuse par les dispositions quelle renferme , ou par la manière dont on l’établit. Mais il n’en est pas moins vrai que cette précaution de faire précéder le code politique d’une nation , de l’exposé des droits des citoyens , est un effet du long oubli où l’on a laissé ces droits. C’est une suite de la longue guerre

(i) La première déclaration des droits des hommes que l’on ait jamais proposée en Europe , a été présentée à l’assemblée constituante française par la général La Fayette, le 6 juillet 1789. Elle est , je crois , la meilleure qui ait été faite ; car elle se réduit à l’énoncé d’un petit nombre de principes qui sont tous sains.

Il est remarquable que ce soit un homme , qui a contribué puissamment à faire reconnaître les droit» des hommes dans notre hémisphère , qui les ait ensuite proclamés le premier dans l’ancien monde. A cette époque, c’était une déclaration de guerre aux oppresseurs.

s56 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, qui a eu lieu partout entre les gouvernés et les gouvernails. C’est une espèce de manifeste et de protestation contre l’oppression , en cas qu’elle vînt à renaître. Sans ce motif, il n’y aurait pas de raison pour que des associés, se réunissant librement pour régler le mode de leur association , commençassent par faire l’énumération des droits qu’ils prétendent avoir (1), car ils les ont tous. Us peuvent faire tout ce qu’ils veulent. Ils n’ont à rendre compte à personne, qu’à eux-mêmes , de leurs déterminations. Ce n’est donc # pas une déclaration de droits qui devrait précéder une constitution , mais plutôt une déclaration des principes sur lesquels elle doit être fondée , et des vérités auxquelles elle doit être conforme. Alors je pense que l’on n’y mettrait guère que les deux ou trois lois de la nature , dont nous venons de parler , et qui sortent également de l’observation de

(i) C’est ce même esprit de précaution timide qui a fait ensuite imaginer d’ajouter à une déclaration des droits , une déclaration des devoirs , comme si ce n’était pas la même chose de dire j'ai ce droit ou respectez en moi ce droit. Cette répétition est une vraie niaiserie.

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