CHAPITRE XIV
Sur le Livre XIII. — Des rapports que la levée des tributs et la grandeur des revenus publics ont avec la liberté.
Montesquieu a abordé là un grand et magnifique sujet, qui, à lui seul, embrasse toutes les parties de la science sociale; mais j’ose dire qu’il ne l’a point traité. Il a bien vu cependant qu’il y a une énorme absurdité à croire que la grandeur des impôts est une chose bonne en elle-même , et qu’elle excite et favorise l’industrie. Il est singulier qu’il faille lui tenir compte de n’avoir pas professé une erreur si grossière : mais tant d’hommes, éclairés d’ailleurs , ont fait cette faute , tant d’écrivains de la secte des économistes ont prétendu que la consommation est une source de richesses , et que les causes de la Jortune publique sont d’une nature toute différente de celles de la Jortune des particuliers , que 1 on doit savoir gré à notre auteur de ne s’ètre pas laissé séduire par leurs sophismes,
et embarrasser par les subtilite's de leur mauvaise métaphysique.
Quoiqu’il né se soit pas donné la peine de les réfuter , ce qui pourtant aurait été utile , il dit nettement que les revenus de l’état sont une portion que chaque citoyen donne de son bien pour avoir la sûreté de l’autre ; qu’il faut que cette portion soit la plus petite possible ; qu’il ne s’agit pas d’enlevèr aux hommes tout ce à quoi ils peuvent renoncer , ou tout ce qu’on peut leur arracher , mais seulement ce qui èst indispensable aux besoins de l’état ; et qu’enfin , si on use de toute la possibilité que les citoyens ont de faire des sacrifices , on doit au moins n’en pas exiger d’eux de tèls qu’ils altèrent la reproduction au point qu’ils ne puissent plus se répéter annuellement. En effet , il faut qu’une société abuse étrangement de ses forces pour seulement demeurer stationnaire ; car il y a dans la nature humaine une prodigieuse capacité d’accroître rapidement Ses jouissances et ses moyens, surtout quand elle est déjà arrivée à un certain degré de lumières.
Montesquieu rémarque en outre que, plus il y a de liberté dans un pays , plus on peut