CHAPITRE XIV, LIVRE XIII
politiques comme pour toutes les autres, une régie dispendieuse est ruineuse , et que la plus économique est la meilleure.
Je crois qu’on ne peut nier celle conclusion , et qu’il demeure bien constant que les sommes absorbées par les dépenses de l'état , sont une cause continuelled’appauvrissement; et quc^par conséquent, la grandeur des revenus nécessaires pour faire face à ces dépenses, est un mal sou3 le rapport économique. Mais , s’il est visible que la grandeur de ces revenus est nuisible à la richesse nationale , il n’est pas moins manifeste qu’elle est encore plus funeste à la liberté politique , parce qu’elle met dans les mains des gouvernails de grands moyens de corruption et d’oppression. Ce n’est donc pas , on ne saurait trop le redire, parce que les Anglais paient de grands subsides, qu’ils sont libres et riches; mais c’est parce qu’ils sont libres , jusqu’à un certain point, qu’ils sont riches, et c’est parce qu’ils sont riches qu’ils peuvent payer de grands subsides ; c’est parce qu’ils ne sont pas assez libres qu’ils en paient d’énormes ; et c’est parce qu’ils en paient d’énormes , qu’ils ne seront bientôt plus ni libres ni riches.
308 COMMENTAIRE SÜR MONTESQUIEU.
Après avoir ainsi reconnu l’effet général des impôts , si nous voulons nous rendre compte des effets particuliers de chacun d eux , il faut entrer dans quelques details que notre auteur a négligés. Tous les impôts imaginables , et je crois qu'il n’en est plus que les très- gracieux souveraius de l'Europe n aient imaginés, peuvent se partager en six espèces principales (i) , savoir : t°. l’impôt sur les terres , tel que la taille réelle , les vingtièmes, lacontribution foncière en France, et le land-tax en Angleterre j 2?. celui sur les loyers des maisons ; 5®. celui sur les l'entes dues par letat j 4°- *elui sur les personnes comme capitation , contribution somptuaire et mobiliaire, droit de patente, jurandes, maîtrises , etc. ; 5°. celui sur les actes civils et sur certaines transactions sociales, comme droits de timbre et d’enregistrement, de lods et ventes , de centième denier, d’amortissement et autres, auxquels il faut joindre l’impôt annuel qu’on voudrait mettre sur les rentesconstituéesà un particulier parun autre,
(1) C’est, suivant moi, ta meilleure manière de les classer pour se bien rendre compte de leurs efl'ets.