CHAPITRE XIV, LIVRE XIII
sans plaider et sans payer l'impôt , puisque la valeur de leur propriété est diminuée. Par conséquent , si l’impôt cesse , ce n’est que restitution pour ces derniers, et il y a une portion de gain gratuit pour les autres ; car ils se trouvent dans une meilleure position que celle sur laquelle ils avaient compté, et d’après laquelle ils avaient fait leurs spéculations.
Tout cela est encore plus vrai, et est vrai, sans restriction , de la portion de l’impôt sur les transactions qui regardent les achats et les ventes, comme des lods et ventes, centième denier et autres. Le capital de cette portion de l’impôt est totalement payé par celui qui possède le bien au moment où il est ainsi grevé. Car celui qui le lui achète postérieurement ne le lui achète qu’en conséquence, et ne paie réellement rien. Tout ce que l’on peut dire, c’est que, si cet impôt sur les actes de vente de certains biens est accompagné d’autres impôts sur d’autres actes qui grèvent d’autres genres de propriétés, d’autres emplois de capitaux, il arrive que ces biens ne sont pas les seuls qui soient détériorés, et que par-là une partie de
2^6 COMMENTAIRE SLR MONTESQUIEU, leur perte est prévenue par celle des autres. Ainsi , si toutes ces perles pouvaient se balancer exactement , la perte totale résultante de 1' impôt serait exactement et très-proportionnellement distribuée. C’est tout ce qu’on peut demander ; car il faut bien qu’elle existe, puisque l impôt est toujours une somme de moyens arrachée aux gouvernés, pour être mise à la disposition des gouvernails.
L’impôt sur les marchandises a encore des effets plus compliqués et plus variés. Pour les bien démêler, observons d’abord que toute marchandise, au moment où elle est livrée à celui qui doit la consommer , a un prix naturel et nécessaire. Ce prix est composé de la valeur de tout ce qui a été nécessaire à la subsistance de ceux qui ont produit , fabriqué et voituré cette marchandise, pendant le temps qu’ils y ont employé. Je dis que ce prix est naturel , parce qu’il est fondé sur la nature des choses, indépendamment de toute convention , et qu'il est nécessaire, parce que , si les gens qui font un travail quelconque, n’en retirent pas leur subsistance, ils l’abandonnent ou se livrent à d’autres occupations, et ce travail n’est plus exécuté.