CHAPITRE XIV, LIVRE XIII
Mais ce prix naturel et nécessaire n'a presque rien de commun avec le prix vénal ou conventionnel de la marchandise, c’est-à-dire, avec le prix auquel elle est fixée par l’effet d’une vente libre de part et d’autre. Car une chose peut avoir coûté très-peu de peines , ou , si elle a exigé beaucoup de peines et de soins, elle peut avoir été trouvée ou volée par celui qui la met en vente ; ainsi il peut la donner à très-bon marché sans y perdre : mais elle peut en même temps lui être si utile, qu'il 11e veuille s’en défaire Vjue pour un trèsgrand prix ; et , si beaucoup de gens la désirent , il en trouvera ce prix et fera un gain énorme. Au contraire, il se peut qu’une chose ait coûté au vendeur des peines infinies, que non-seulement elle ne lui soit pas nécessaire , mais même qu’il ait un besoin pressant de s’en défaire, et que pourtant personne n’ait envie de l’acheter. Dans ce cas , il sera obligé de la donner presque pour rien , et il fera une très-grande perte. Le prix naturel est donc composé des sacrifices antérieurs faits par le vendeur , et le prix conventionnel est fixé par l’offre des acheteurs. Ces deux choses en elles-mêmes
sont étrangères l’une à l’autre. Seulement t quand le prix conventionnel d’un travail est constamment au-dessous de son prix naturel et nécessaire, on cesse de s’y livrer. Alors le résultat de ce travail devenant plus rare , on fait plus de sacrifices pour se le procurer, s’il est toujours désiré; et ainsi, pour peu qu’il soit réellement utile, le prix conventionnel ou vénal remonte au niveau du prix que la nature a attaché à ce travail , et qui est nécessaire pour qu'il continue à être exécuté. C’est de cette manière que se forment tous les prix dans l'état de société.
Ansi donc ceux qui ne savent faire qu’un travail dont le prix conventionnel est inférieur à la valeur naturelle, se ruinent ou renoncent à leur état : ceux qui exécutent un travail ,.ou , en d’autres termes, exercent une industrie quelconque dont le prix conventionnel est strictement égal à la valeur naturelle , c’est-à-dire, ceux dont les profits balancent, à peu près, les besoins urgens, végètent et subsistent misérablement; ceux enfin qui possèdent un talent dont le prix s conventionnel est supérieur au nécessaire absolu, jouissent, prospèrent, et par suite