CHAPITRE XIV, LlVIiE XIII
multiplient : car la fécondité de tqute race vivante, même parmi les végétaux , est telle qu’il n’y a que le défaut d’aliniens pour les germes éclos , qui arrête l’accroissement du nombre des individus.’ C’est là la cause de l’état rétrograde, stationnaire, ou progressif, de la population dans la race humaine. Les fléaux passagers , tels que les famines et les pestes , y font peu. Travail improductif ou productif à un degré insuffisant , c’est-à-dire, luxe ( dans lequel il faut comprendre la guerre), et maladresse (par laquelle il faut entendre l'ignorance de tout genre ) : voilà le poison qui infecte profondément les sources de la vie , et qui lue constamment la reproduction. Cette vérité confirme celles que nous avons établies au septième chapitre , ou plutôt elle leur est identique. La dépopulation des pays sauvages et la faible population des pays civilisés , où une énorme inégalité des fortunes a introduit un grand luxe d’un côté et, par suite, une grande misère de l’autre , en sont des preuves continuelles et irrécusables.
Maintenant il est aisé de voir que l’impôt sur les marchandises affecte très-diversement
agO COMMENTAIRE SCR MONTESQUIEU.
les prix , et a différentes limites , suivant la manière dont il est levé , et suivant la na- * ture des denrées sur lesquelles il porte. Par
exemple , dans le cas du monopole ou de la vente exclusive faite par 1 état , il est clair que l’impôt est payé directement , immédiatement et sans ressource , par le consommateur , et qu il a la plus grande extension dont il soit susceptible. Mais cette vente, fûtelle forcée , ne peut encore , ni pour le prix ni pour la quantité , surpasser un certain terme qui est celui., de la possibilité de la . payer. Elle s’arrête alors qu’il serait inutile de l’exiger , ou qu’il en coûterait plus quelle ne rapporterait. C’est le point où était la ga- ' belle en France, et c’est le maximum de
l’exaction.
Si la vente exclusive n’est pas forcée , elle varie suivant la nature de la marchandise. S’il s’agit d’une denrée qui ne soit pas nécessaire , à mesure que le prix monte , la consommation diminue ; car il n y a qu une certaine somme de moyens, dans toute la société, qui soit destinée à procurer un certain genre de jouissances. Il peut même arriver qu’en élevant peu le prix, le profit diminue