CHAPITRE XIV, LIVRE XIII. 2C
beaucoup , parce que beaucoup de gens renoncent tout-à-fait à ce genre de jouissance , ou même parviennent à le remplacer par un autre. Toutefois , l'impôt est toujours payé effectivement par ceux qui s’obstinent à consommer.
Si , au contraire , la vente faite exclusivement par l’état , mais de gré à gré, porte sur une marchandise de première nécessité , elle équivaut à la vente forcée. Car la consommation diminue bien à mesure que le prix s’élève ; mais, comme enfin elle est nécessaire, elle s’élève toujours autan t que le moyen de la payer, et elle est payée par ceux qui consomment.
Si de ces remèdes héroïques , employés par les gouvernemens pour purger les sujets de leurs richesses surabondantes , nous passons à des minoratifs plus doux , nous leur trouverons des effets analogues avec un moindre degré d’énergie. Le plus efficace de ceux-ci est l’impôt mis sur une marchandise au moment de sa production ; car aucune partie n’en échappe , pas même celle consommée par le producteur lui-même , ni même cçlle qui pourrait s’avarier ou se perdre en maga-
sin avant d'être employée. Tel est l’impôt sur le sel levé dans le marais salant, celui sur le vin, à l’instant de la récolte ou avant la première vente , et celui sur la bière dans la brasserie On peut encore ranger dans la même classe l’impôt sur le sucre ou le café , ou telles autres denrées , exigé au moment où elles arrivent du pays qui les produit; car ce n’est que de ce moment qu’elles existent pour le pays qui ne peut pas les produire et qui doit les consommer.
Cet impôt levé au moment de la production , s’il est établi sur une marchandise peu nécessaire , est aussi limité que le goût que l’on a pour elle. Aussi . quand on a voulu tirer grand parti du tabac en faveur du roi de France, on s’est étudié à en donner le besoin au peuple. Car la société est bien insti* tuée pour satisfaire plus tÿsément les besoins que nous a donnés la nature , et auxquels nous né pouvons nous soustraire ; mais les gouvernemcns , constitués dans la vue des iutérêts des gouvernans , semblent se destiner à nous créer des besoins , pour nous en-refuser une partie , et nous faire payer l’autre. Ce sont des fabriques de privations