‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 154 sur 216 · CHAPITRE XIV, LIVRE XIII. 29g · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV, LIVRE XIII. 29g

consommateur; +d’où l’on doit conclure que c’est le consommateur qui souffre et s’éteint, si la vente et le produit de l’impôt diminuent. Il faut remarquer que, dans lesvieilles sociétés, établies sur un territoire circonscrit dès longtemps, et ne pouvant conquérir que des terrains déjà occupés , c'est le cas de presque toutes les marchandises depremière nécessité. Car, par l’effet du long combat des intérêts contraires du producteur et du consommateur , chacun est casé dans l'économie de l’ordre social , suivant son degré de capacité. Ceux qui ont quelque talent assez distingué pour qu’ils puissent le faire payer au-delà du nécessaire , se livrent à ces industries préférées. Il n’y a que ceux qui ne peuvent y réussir qui se vouent aux productions indispensables, parce que celles-là sont toujours demandées; mais aussi elles ne sont payées qu’autant qu’il est strictement nécessaire , parce qu’il y a toujours des gens inférieurs à d’autres, qui n’ont autre chose à faire qu’à s’y adonner. Il y a plus : il faut que cela soit ainsi. Car ces denrées de première nécessité sont les besoins urgens de tous , et surtout des plus pauvres dans toutes les classes

SOO COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, qui les consomment sans leS^produire , et qui sont employés à d’autres travaux. Ainsi ces pauvres ne peuvent subsister qu a proportion de la facilité qu’ils ont de se procurer ces # denrées. C’est donc bien en vain qu’on fait des phrases vagues sur Ja dignité et l’utilité de 1 agriculture, ou de telle autre profession indispensable. Plus elle est indispensable, plus il est inévitable que ceux qui y concourent, faute d’autre capacité, soient réduits au strict nécessaire. Il n’y a d’autre manière directe d’améliorer le sort de ces hommes, les derniers en rang dans la société par leur • défaut de talent, que de leur laisser toujours la liberté d'aller exercer ce faible talent ailleurs, où il leur serait plus fructueux. C’est pour cela que l'expatriation doit toujours être permise à tout homme. Il est déjà assez malheureux d’être réduit à cette ressource. Beaucoup d'autres mesures politiques peuvent concourir encore indirectement à défendre l’extrême faiblesse contre le .joug de fer de la nécessité ; mais ce n’est pas ici le lieu de nous en occuper, nous ne parlons que de l’impôt. Au reste, ces hommes que nous plaignons avec justice , souffrent encore

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