Chapitre xiv, livre xiii
créations en faveur de l’agriculteur qui la met en jen , que des autres forces physiques à l’aide desquelles s’exécutent tous nos autres travaux, ils se sont persuadés qu’il y avait là un véritable don gratuit de la part de la terre , et que le travail qui le provoque mérite seul le nom de productif, sans taire attention qu'il y a aussi loin d’une botte de chanvre à une pièce de toile , que d’un paquet de chènevis à une botte de chanvre, et que la différence est tout-à-fait du même genre , c’est toujours le travail employé à la transmutation.
Cette fausse idée d’une sorte de vertu magique , attribuée à la terre , a conduit ces philosophes à plusieurs conséquences encore plus fausses ; je veux dire à la persuasion, qu’il n’y a de vrais citoyens dans un état que les propriétaires du sol, et qu'eux seuls forment proprement toute la société ; à l’admiration du système féodal , entièrement fondé sur les prétendus droits du propriétaire d'une immense étendue de terrain qui en inféode et sons -inféode les diverses parties, ce qui établit une hiérarchie depuis le dernier tenancier et même le serf de glèbe, jusqu’à ce premier et suzerain seigneur , qui ne laisse à
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5 If) COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, personne, vivant dans son territoire, d’autres droits que ceux qu'il a concédés ; et enfin à l’opinion erronée que, tout venant de la terre , la terre seule doit être imposée ; et que, même quand on établit d’autres impôts que l'impôt territorial , il arrive nécessairement, par la force des choses, qu’ils retombent toujours en définitif sur le propriétaire foncier, et même avec surcharge. Comme ces conséquences ne sont pas complètement rigoureuses , plusieurs membres de la secte en ont rejeté quelques-unes, mais tous ont admis celle qui nous occupe , la doctrine relative à l'impôt.
I,e préjugé d’une production gratuite de la part de la terre , a si bien tout embrouillé et a jeté de si profondes racines dans les esprits , qu’il est devenu très-difficile de s’en
debarrasser entièrement. Le savant et j tidi— / ...
cieux Ecossais, Adam Smith, a bien vu que
le travail est notre seul trésor , et que tout ce qui compose la masse des richesses dun particulier ou d’une société , n’est autre chose que du travail accumulé, parce qu’il n’a pas été consommé aussitôt que produit. 11 a reconnu que tout travail qui ajoute à cette