CHAPITRE XIV, LIVRE XIU. 3lï
masse de richesses plus que n’en consomme celui qui l’exécute , doit être appelé productif, et qu’il n’est improductif que dans le cas contraire ; et il a réfuté parfaitement ceux qui ne donnent le nom de productif qu’au travail de la culture. En conséquence , il a rejeté leur opinion que tous les impôts retombent nécessairement sur les propriétaires de terres. Cependant il croit voir encore , dans la rente de la terre , autre chose que ce qu’il appelle les profits d’un capital. Il la regarde comme un produit de la nature. Il dit expressément , liv. a , chap. 5 , que c'est l'œuvre de la nature qui reste après qu'on a fait la déduction ou la balance de tout ce (pion peut regarder comme l'œuvre de l'homme.
Aussi, dans la portion des richesses accumulées , qu’il appelle le capital Jixe d’une nation , il comprend les améliorations faites à la terre ; mais il ne va pas, comme il le devrait , jusqu’à y comprendre la terre ellemême, pour la valeur qu’elle a dans le commerce. 11 dit bien qu une ferme améliorée peut être regardée sous le meme point de vue que ces machines utiles qui facilitent le travail ; mais il n’ose dire nettement, ce qui est pour-
3l2 COMMENTAIRE SLR MONTESQLIEU.
tant vrai , qu’un champ est un outil comme un autre , et que son fermage est tout-à-fait la même chose que le loyer d’une machine ou l'intérêt d’une somme prêtée.
M. Say , ancien membre du tribunat français , qui est , sans contredit, l’auteur du meilleur livre d’économie politique qui ait encore été fait (i) , et qui a écrit long-temps après Smith, voit bien, comme lui, que l’emploi de nos facultés est la source de toutes nos richesses, et que lui seul est la cause de la valeur nécessaire de tout ce qui en a une, parce que cette valeur n’est que la représentation de tout ce qui a été nécessaire à la satisfaction des besoins de celui qui a créé une chose , pendant le temps qu’il y a employé ses moyens. 11 va beaucoup plus loin. 11 voit nettement qu’étant incapables de créer un atome de matière, nous n’opérons jamais que des transmutations et des transformations , et que ce que nous appelons produire,
(1) Observez que notre auteur, ayant écrit il y a déjà plusieurs années , n’a pu citer que la première édition de M. Say, et que la troisième édition de cet excellent ouvrage est encore supérieure à la première.
( Note de V éditeur. )
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