‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 161 sur 216 · CHAPITRE XIV, LITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV, LITRE XIII

du monde ; on ne saurait trouver ni à la vendre , ni à la louer. Elle peut au contraire être utile de beaucoup de manières différentes. Elle peut servir à devenir la base de maisons , d'habitations , de magasins ou d’ateliers. Ou peut en tirer des combustibles utiles , des matériaux nécessaires aux constructions , des engrais bons pour fertiliser d’autres terres. On peut y trouver des sources propres à des irrigations , des métaux précieux , des diamans ou d’autres pierres et minéraux d'un grand prix. Elle peut surtout être susceptible de recevoir des graines qui donneront un grand produit. Dans tous ces cas elle a une grande valeur. Vous me direz qu’alors la valeur de ce terrain n’a aucune proportion avec le travail de celui qui le premier l’a été chercher , l’a examiné , et se l’est approprié. Cela est vrai. Mais il en est de même pour celui qui , tout d’un coup , trouvant un trèsgros diamant, fait un gain énorme; tandis que celui qui , après de longues recherches , n’en rencontrant qu'un très-petit , est fort mal récompensé. Cependant cela n’empêche pas que le prix naturel du diamant ne soit

rî 1 8 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, le travail de l’homme qui la cherché et trouvé , et que son prix vénal ne soit celui qu’en fait offrir le désir de le posséder. Cela prouve seulement que , dans tous les genres , il y a des travaux bien ingrats , et d’autres bien fructueux. Il en est ainsi de la terre. Son «prix naturel est peu de chose tant qu’il ne faut pas aller bien loin pour trouver un sol tout prêt à être cultivé , et qui n’appartienne à personne ; il est plus grand quand cette culture exige des ouvrages ou des déplacemens coûteux. Quant à son prix vénal , il varie comme celui de toutes choses et par les mêmes causes. Un très-mauvais terrain se vend très-cher, quand beaucoup de personnes ont envie de l’acquérir. Au contraire , nos Etats-Unis d’Amérique vendent de fort bonnes terres à très - bas prix , dans nos provinces de l’Ouest ; et dans certaines parties de la Russie le gouvernement en offre pour rien , et donne même encore quelques provisions et quelques bestiaux à ceux qui les acceptent , à condition de s’y fixer et de les faire fructifier par leur travail. Quoi qu’il en soit, un terrain est un outil comme un autre , sus-

Chapitre xiv, livre xuf. 3iq ceplible d’ètre employé à dift’éreiis usages, comme nous venons de le voir. Quand il n’est propre à rien, il ne vaut rien. Quand il peut servir, il a une valeur. Quand il n’appartient à personne, il ne coûte que la peine de se l'approprier. Quand il appartient à quelqu’un , il faut donner une autre chose utile pour l’obtenir. Dans tous les cas, il équivaut exactement et sans aucune différence au capital ( pour m’exprimer comme les auteurs), qu’on peut se procurer en le cédant , et peut, comme ce capital, être donné oa prêté, vendu ou loué (r), ou employé immédiatement par son possesseur. Mais il ne saurait jamais y avoir d’autre parti à tirer de

(i) On s’exprime très-ridiculement en disant, que quand je cède mon argent, pour un temps , moyennant un loyer appelé intérêt, je le prête. Dans ce cas, je le loue. Je ne le prête réellement que quand j’en cède l’usage sans rétribution. 11 y a, entre ces deux actions, la même différence qu’entre donner ou vendre. Cette inexactitude de langage a fait dire et croire bien des sottises , ou ces sottises ent été cause de cette inexactitude de langage. Car tout est action et réaction. Faire une science, c’est en faire la langue; et faire la langue d’une science, c’est faire la science ellemême.

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ce terrain bon ou mauvais , que d’en faire un de ces cinq usages.

Quand on est bien pénétré de ces idées , c’est la chose du monde la plus claire que la formation de toutes nos richesses. Il n’est plus question de tant de distinctions superflues qui ne font que tout embrouiller. 11 n’y a dans le monde que du travail. Quand l’emploi des forces d’un homme ne produit que sa subsistance, il ne reste rien. Mais toutes les choses utiles quelconques qui sont à notre disposition , jusques et compris les plus intellectuelles , comme nos connaissances , ne sont que du travail , dont le résultat subsiste après que ceux qui l’ont exécuté ont vécu. C’est ce travail et les consommations nécessaires de ceux qui l’ont fait , qui constituent le prix naturel de toutes ces choses. Pour leur prix vénal , il consiste dans la somme d’autres choses utiles qu’on est disposé à donner pour les acheter. Mais ces autres choses utiles sont encore du travail accumulé. Ainsi, quiconque possède du travail accumulé , peut commander du travail actuel à ses semblables, ou obtenir d’eux celui quils ont déjà fait , en leur cedant quelque chose de Ge qu’il possède , soit

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