CHAPITRE XTIIT , LIVRES XX, XXI
que les animaux n’en font pas. Aussi n’ontils pas de véritable société : car le commerce est toute la société, comme lè travail est toute la w'hesse.
CTest encore Smith qui a aperçu cette se-4conde vérité, que nos forces étant notre seule propriété originaire , l’emploi Je nos forces est notre seule richesse primitive. Elle l’a conduit à en voir une troisième bien importante ; c’est que cette richesse s’accroît d’une manière incalculable par l’effet de la division du travail ; c’est-à-dire , qu’à mesure que chacun de nous s’applique plus exclusivement à un seul genre de travail , ce travail devient incomparablement plus rapide , plus parfait , plus productif; en un mot, il augmente infiniment plus la masse de nos jouissances.
Comme on fait beaucoup de chemin quand on est dans une bonne route , Smith a encore été plus loin : il a observé'que cette distribution du travail , si importante et si désirable, ne devenait possible que par les échanges et à proportion de leur nombre et de leur facilité; car, tant que chacun ne peut profiter en rien du travail d’un autre , il faut qu’il pourvoie lui-même à tous ses besoins ,
548 commentaire sur Montesquieu.
et par conséquent qu’il fasse tous les métiers. Quand ensuite les échanges commencent , un seul métier ne suffirait pas pour faire vivre un homme , il faut encore qu’il en fasse plusieurs. C'est le cas de bien des%uvriers dans les campagnes. Mais, quand enfin le commerce s’anime et se perfectionne , nonseulement un seul métier , mais souvent la moindre partie d’un métier suffit pour occuper un homme tout entier, parce qu’il trouve toujours à placer le produit de son travail , quoique ti’ès-considérable et d’une seule espèce. Il me semble que l’on n'a jamais tenu assez de compte à Smith de cette dernière vue. Cependant elle est très-belle , et c’est là qu’il a trouvé la principale utilité du commerce , celle qu’il ne faut jamais perdre de vue , celle que l’on doit toujours et dans tous les cas regarder comme la plus essentielle de ses propriétés et le premier de ses avantages. Arrètons-nous-y un moment : et, puisque c’est le commerce qui nous occupe actuellement , remarquons bien qu’à l'instant où les échanges commencent , commence aussi la société, et avec elle, la possibilité que chacun a de se livrer exclusivement au genre d'oc-