‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 175 sur 216 · CHAPITRE XVIII, LIVRES XX, XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII, LIVRES XX, XXI

qu’il accroît la possibilité du débit, ou, comme l’on dit , parce qu’il augmente l’étendue du marché pour les productions de chaque partie du pays, il est manifeste que le commerce extérieur, en agrandissant encore prodigieusement le marché , augmente de même l'industrie et les produits. La France ellemême, quoique plus en état peut-être qu'aucun pays de se passer de tous les autres , serait cependant privée de beaucoup de jouissances, si elle ne tirait pas des denrées des quatre parties du monde : et plusieurs de ses fabriques actuelles, même des plus nécessaires , ont un besoin indispensable de matières premières qui viennent des extrémités de la terre. On peut même ajouter que certaines provinces, quoique faisant partie du même corps politique , ont souvent moins de facilité à communiquer entre elles qu’avec certains pays étrangers. Ainsi il est plus aisé de faire arriver les vins de Bordeaux en Angleterre, les draps de Languedoc en Turquie , ceux de Sedan en Allemagne , que dans beaucoup de parties de la France; et réciproquement, beaucoup de choses peuvent souvent être tirées plus commodément

568 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, de l’étranger que du pays même qui les produit ; et alors c’est une grande maladresse de s’en priver. Le commerce étranger sert donc aussi l’industrie ; et ce que nous venons de voir des effets du commerce intérieur nous prouve combien est précieuse cette propriété de développer l’industrie. Que penser donc de ceux qui ne tiennent aucun compte de cet avantage, qui ne font aucune attention au commerce intérieur , et qui ne voient dans le commerce extérieur qu’un moyen d’attraper quelques écus aux nations étrangères ? On peut dire , sans hésiter, qu’ils n’ont pas les premières notions de la manière dont se forment et se distribuent les richesses des nations. 11 faut convenir que c’est le cas où se trouve notre auteur , malgré toutes ses lumières.

Aussi , après quelques phrases vagues sur les effets moraux du commerce ( et nous en parlerons plus loin ) , il établit tout de suite qu’il y a deux espèces de commerce : le commerce de luxe , et celui d’économie ; et, fidèle à son système de faire tout dériver de trois ou quatre formes de gouvernement qu’il a jugé à propos de distinguer , il ne

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