‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 176 sur 216 · CHAPITRE XVIII , LIVRES XX , XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII , LIVRES XX , XXI

manque pas d’ajouter que l’un de ces deux commerces est plus convenable à la monarchie et l’autre à la république ; et il trouve beaucoup de raisons pour que cela soit ainsi. Le vrai est qu’il n’y a jamais eu et qu'il n’y aura jamais de commerce de luxe. Qui dit luxe, dit consommation et même consommation excessive. Le commerce, l’industrie commerciale, fait partie de la production. Ces deux choses n’ont rien de commun.

Si l’on entend par commerce de luxe, que les uns dépensent ce que les autres gagnent ; gagner est .une chose, et manger en est une autre toute différente (i). Si commerce de luxe veut dire le commerce des choses servant au luxe, rien n’empêche que les républicains hollandais n’apportent de la porcelaine de la Chine , des schalls de Cachemire, des diamans de Golconde , quoi’ que ce soient des courtisans français ou allemands qui aient la sottise de les acheter. Dans tous les cas , M. Say a bien raison de

(1) Nous l’avons déjà dit chapitre VII. Un joaillier n’a point de luxe, quoiqu’il dépense beaucoup cp pierreries. Ce sont ceux qui se parent de ces bijoux qui ont du luxe.

dire : Tout cela ne signifie absolument rien. 11 en faut dire autant des raisonnemens , par lesquels Montesquieu croit prouver qu’un commerce toujours désavantageux peut être utile , ou que la faculté accordée aux négocions de faire ce qu'ils veulent , serait la servitude du commerce; ou que l'acquisition que F on peut faire de la noblesse , à prix d’argent , encourage beaucoup les négocions ; ou que les mines d’Allemagne et de Hongrie font valoir la cidturc des terres , tandis que le travail de celles du Mexique et du Pérou la détruit, et autres maximes de. la même force. De tout cela on est obligé de conclure encore avec M. Say, que, quand un auteur parlant de ces choses , se forme une vue si peu nette de leur vraie nature, si, par hasard , il vient à rencontrer une vérité utile, et s’il lui arrive de donner un bon conseil, c’est fort heureux. Achevons donc d’expliquer nettement, s’il se peut, les effets du commerce extérieur. Jusqu’à présent cela n’a jamais été fait suffisamment ; et si nous y réussissons, ce ne sera point par hasard , mais bien par les déductions les plus rigoureuses, que cette connaissance % • .

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