CHAPITRE XVIII, LIVRES XX, XXL 37 I
nous conduira à beaucoup de vérités utiles trop méconnues.
Nous avons vu que , de même que le commerce d'homme à homme constitue seul la société , et est la cause première de toute industrie et de toute aisance ; de même le commerce de canton à canton, et de province à province dans l’intérieur du même corps politique, donne un nouvel essor à cette industrie et produit un nouvel accroissement de bien-être , de population et de moyens ; et que le commerce extérieur augmente encore tous ces biens, que le commerce intérieur a fait naître, et contribue à mettre en valeur tous les dons de la nature, en rendant le travail des hommes plus fructueux et plus productif (i). Cette propriété est le
(i)lN’oublions jamais que le travail productif est celai dont il résulte des valeurs supérieures à celles que consomment ceux qui s’y livrent. Le travail des soldats, des gouvernails, des avocats, des médecins, peut être utile; mais il n’est pas productif, puisqu’il n’en reste rien. Celui d’un agriculteur ou d’un manufacturier, qui dépenserait dix mille francs pour en produire cinq , n’est point productif non plus, et ne saurait être utile à moins qu’il ne le soit comme expé-
rience.
plus grand de tous les avantages du commerce extérieur; et , quoique vraiment incalculable, cet avantage peut pourtant être représenté par des nombres qui en donneront une idée approximative. Imaginons vingt hommes travaillant séparément et sans s’aider : ils feront de l’ouvrage comme vingt; et , si nous les supposons tous égaux en capacité, ils auront des jouissances chacun comme un. S’ils se réunissent et s’entraident, par cela seul, ils feront de l’ouvrage» comme quarante et peut-être comme quatre-vingts ; et par conséquent ils jouiront chacun comme deux ou comme quatre. S’ils profitent de cet avantage , du loisir qu’il leur procure , de l’esprit qu’il leur donne, pour découvrir de nouvelles ressources, pour inventer de nouveaux moyens, pour se procurer de nouvelles matières premières, ils pourront produire comme cent soixante, comme trois cent vingt , et jouir comme huit ou comme seize : enfin leur industrie se perfectionnant indéfiniment, car il est impossible d’en assigner le terme, ils arriveront peut-être, s’ils sont très-intelligens ou très-favorisés de la nature, jusqu’à produire comme mille et même comme