‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 183 sur 216 · CHAPITRE XVIII, LIVRES XX, XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII, LIVRES XX, XXI

Si avec tant de desiderata , quelqu’un peut se persuader de savoir quelque chose de la balance dont il s’agit, c’est un intrépide faiseur de chiffres. Mais il y a bien plus. Quand on le saurait, quand on supposerait, ce qui est impossible , que l’on sait réellement de science certaine que, dans le cours d'une ou de plusieurs années , il est entré effectivement dans un pays une somme de valeur plus grande que celle qui en est sortie , à quoi cela mènerait-il? Premièrement, cette différence ne saurait être considérable , car elle ne peut consister que daus le gain délinitif de tous les négocians de ce pays employés au commerce étranger. Or, c’est bien peu de chose presque partout, en comparaison de la masse totale. Cela ne peut faire un objet important que dans quelques petits états , où une forte portion de la population subsiste du commerce de transport ’ par mer. Secondement , on n’en peut rien inférer pour l’accroissement ou la diminution de la richesse nationale; car, si cette nation qu’on suppose avoir plus importé qu’exporté pendant un temps, a, pendantee même temps, consommé tout ce qu’elle a importé, elle

est réellement appauvrie de la valeur de tout ce qu elle a exporté , et dont il ne lui reste rien , quoiqu’elle ait gagné dans les changes ; si , au contraire, elle a beaucoup emmagasiné, ou, ce qui revient au même , si elle a fait chez elle de grands ouvrages utiles et durables , elle peut avoir accru la somme de ses moyens, c’est- à- dire , avoir augmenté son fonds , s’être enrichie, quoique, dans le même temps, elle ait fait quelques pertes à l’extérieur.

Concluons donc, avec Smith, qu'il n’y a de véritable balance que celle entre la production et la consommation de tout genre. C’est celle-là qui est la vraie mesure de l’appauvrissement ou de l’amélioration. C’est elle qui, par des progrès lents , trop souvent contrariés, a amené graduellement les peuplades humaines de leur misère primitive à un état plus heureux. C’est elle qui, grâces à l’activité, à l’intelligence des hommes et à l’énergie de leurs facultés, serait partout et toujours en faveur de l’humanité , si ceux qui gouvernent les sociétés , ne les égaraient et rie les désolaient pas incessamment. L'état de cette balance n’est pas aisé à constater immédiatement par -

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