‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 193 sur 216 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Sur le Livre XXIII. — Des lois dans le rapport quelles ont avec le nombre des habitons.

Si l’on est étonné de voir un chapitre de politique commencer par une traduction, et même une traduction assez mauvaise d’un morceau de Lucrèce, on est bien plus surpris encore de tout ce que l’on trouve d’énoncé dans ce livre , et cela sans improbation ou même avec éloges , sur les moyens d’augmenter ou de diminuer le nombre des citoyens d’un état , sur les droits des pères sur la vie de leurs enfans et sur leurs mariages, sur l’intervention dugouvernement dans tout cela, etc., etc. Il est impossible de suivre notre auteur pas à pas dans de pareilles idées. Nous commencerons donc par quelques réflexions générales , et ensuite nous tâcherons d’observer de plus près la nature humaine sur laquelle l’art, et surtout l’art social , doit toujours régler et modeler ses conceptions et ses institutions. Tout être animé est entraîné à se reproduire

44 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, par le plus irrésistible de tous les penclians.

Un homme et une femme parvenus à un âge fait, bien constitués, et pouvant pourvoir largement à leur subsistance, sont toujours capables, durantle temps de leur vie pendant lequel ils sont propres à la propagation, de faire plus de deux , plus de quatre , ou même plus de six enfans. Ainsi quand on supposerait que, suivant le cours de la nature , la moitié ou même les deux tiers de ces enfans doivent périr avant d’être en état de produire leurs semblables, supposition certainement bien exagérée, l’homme et la femme dont il s’agit, devraient encore, avant de finir leur carrière , laisser une postérité plus que suffisante pour J les remplacer, et la population devrait toujours aller croissant. Si donc nous la voyons stationnaire et rare chez les peuples sauvages, et presque stationnaire, quoique plus nombreuse chez les vieilles nations civilisées , il faut en chercher les causes. Pour les sauvages, la raison en est sans doute que les grandes disettes , les accidens imprévus , les intempéries , les épidémies , emportent souvent une partie des hommes faits , et altèrent les sources de la reproduction dans ceux qui

Page 1