CHAPITRE XX, LIVRE XXIII
demeurent , et que le dénuement, le besoin , l'impossibilité d’apporter des soins nécessaires , le manque d'intelligence et d’affection , font périr la plus grande partie des enfans qui naissent. Pour les nations civilisées, quoique le développement de l’industrie , l’accroissement des moyens et des ressources , leur ait permis de multiplier bien plus, elles s’arrêtent pourtant dans leurs progrès, lorsque leurs avantages deviennent trop mal répartis. Un petit nombre d’hommes des classes aisées et privilégiées , dévore la subsistance d’une grande multitude ; et pourtant ils sont énervés par les excès , par l’indolence , par les travaux intellectuels , par les passions ; et, soit l’effet du calcul ,soit celui de l’altération physique et morale de leur nature , ils ne multiplient pas. Pendant ce temps , les hommes et les femmes de la classe pauvre, à qui on enlève journellement une partie considérable du fruit de leurs travaux , sont affaiblis par une fatigue excessive , languissent dans la misère, et sont vieux avant le temps. Ils font encore un assez grand nombre d’enfans , mais ils sont débiles. Ils ne peuvent ni ne savent les soigner en santé, ni les secourir
daus leurs maladies , et il en périt une quantité prodigieuse. Comme ces malheureux forment incomparablement le plus grand nombre dans la société, leur détresse influe prodigieusement sur les tables de mortalité , et je suis persuadé que c’est elle seule qui a fait croire long-temps en Europe qu’environ la moitié desenfansmeurent dèsleurs premières années. Quoi qu’il en soit, il est certain que, chez les peuples sauvages , il existe autant d’hommes que le faible développement de leur intelligence en peut défendre contre toutes les chances de mort , et cela est peu de chose. Les peuples civilisés au contraire , ont des moyens plus puissans, ils sont plus nombreux sur une étendue de terrain semblable , mais non pas aussi nombreux qu’ils pourraient l’être. Chez eux , il n’existe des hommes qu’auiant et à proportion que les gouvernails, les grands, les riches, et eu général tous les oisifs , laissent des moyens de subsistance à la classe laborieuse et pauvre qui produit plus quelle ne consomme. Aussi dès que le gouvernement devient plus doux et moins rapace , dès qu'il réforme quelques abus , dès qu’il empêche quelques oppressions, dès
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