CHAPITRE IV, LIVRE IV
Irappe, ni les lois de Crète, si toutefois nous les connaissons bien, plus que la règle de Saint-Benoît. Je ne saurais penser que 1 homme, pour vivre en société, doive être violenté et dénaturé ; et, pour parler le langage mystique, je regarde comme de fausses vertus et des péchés splendides , tous les effets de ce sombre enthousiasme , qui rend les hommes dévoués et courageux, si l’on veut; mais haineux , farouches, sanguinaires et surtout malheureux. A mon avis , le but de la société n est point tel et ne le sera jamais. L’homme a besoin de vêtemens et non pas de cilices. 11 faut que ses habillemens le garantissent et l’embellissent, mais sans le froisser , et même sans le gêner , si cela n’est pas indispensable pour qu’ils remplissent leur destination. Il en doit être de même de 1 éducation et du gouvernement.
D'ailleurs, quand tout cela ne serait pas vrai , ou quand il ne faudrait y avoir aucun égard , quand on devrait compter pour rien le bonheur et le bon sens ( choses inséparables) et, n’envisager absolument ces institutions , comme nous l’avons annoncé d après Montesquieu , que sous le rapport de
34 COMMENTAIRE SE R MONTESQUIEU, la durée du gouvernement établi, je blâmerais également toutes ces passions factices, et ces règlemens anti-naturels. Le fanatisme est un état violent. Avec de l'habileté et des circonstances favorables , on peut le faire durer plus ou moins long-temps : mais enlin il est essentiellement passager ; et tout gouvernement que l’on fait reposer sur une telle base ne saurait être véritablement solide (i).
Montesquieu nous annonce qu’en se réservant le droit de juger les diverses formes des sociétés politiques, il ne considère cependant dans les lois que la propriété d’être favorables ou nuisibles à telles ou telles de ces formes. Ensuite il les réduit toutes à trois: despotique , monarchique et républicaine , laquelle il subdivise eu démocratique et aristocratique ; et c’est la démocratique qu’il
(i) C’est ici le cas de se rappeler ce que nous avons dit (chapitre I". ) des lois de la nature et des lois positives. Ces dernières ne doivent jamais être contraires aux preiyières ; si Montesquieu avait commencé , comme nous , par faire l’analyse du mot loi , au lien d’en donner une définition obscure, il se serait, je crois , épargne bien de la peine , et , qui plus est , bien des erreurs.