‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 28 sur 216 · CHAPITRE IV, MVRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, MVRE IV

appelle essentiellement républicaine. Puis il nous peint le gouvernement despotique , comme abominable et absurde, et excluant presque toute loi, et le gouvernement républicain (entendez démocratique) , comme insupportable et presque aussi absurde , tout en lui prodiguant son admiration. Il suit de là qu’il n'y a de tolérables que l’aristocratie sous plusieurs chefs , à laquelle il donne cependant beaucoup de vices sous le nom de modération , et l’aristocratie sous un seul chef qu’il appelle monarchie , à laquelle il donne encore plus de vices sous le nom d 'honneur. Effectivement ce sont les deux seules espèces de société parmi celles qu’il admet , qui ne soient pas absolument contre nature, et c’est déjà beaucoup. Mais il faut convenir que rien ne prouve mieux qu’il a adopté une bien mauvaise classification des gouvernemens. Suivons donc la notre, et donnons, relativement à l’éducation , quelques explications dont Montesquieu a cru pouvoir se dispenser.

J’établirai pour premier principe que , dans aucun cas, le gouvernement ne peut, ni ne doit enlever d’autorité les enfans à leurs

parens , pour les élever et en disposer sans leur participation. C’est un attentat contre les sentimens naturels, et la société doit suivre la nature et non l’étouffer. D’ailleurs , chassez le naturel , il revient au galop. On ne peut jamais lutter long-temps contre lui avec avantage, ni dans l’ordre physique, ni dans l’ordre moral. C’est donc un législateur bien téméraire que celui qui ose se mettre en opposition avec l'instinct paternel , et même avec l’instinct maternel bien plus fort encore. Nul exemple ne peut excuser son imprudence, surtout dans nos temps modernes.

Cela posé , le seul conseil que l’on puisse donner à un gouvernement relativement à l'éducation, c’est de faire en sorte, par des moyens doux , que les trois espèces d’éducation que les hommes reçoivent successivement, celle des parens, celle des maîtres, et celle du monde , ne se contredisent pas entre elles , et que toutes trois soient dirigées dans le sens du gouvernement.

Pour la seconde , celle des maîtres , il peut y influer très-puissamment et très-directement par les différens établissemens publics d’enseignement qu'il crée ou qu’il favorise,

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