CHAPITRE IV, LIVRE IV
et par les livres élémentaires qu’il y admet ou qu'il en rejette. Car, quels que soient ces établissemens, il arrive toujours par la force de la nécessité, que la très-majeure partie des citoyens est élevée et formée dans les maisons d’instruction publique; et, à l’égard du petit nombre qui reçoit une éducation entièrement particulière et privée, ces éducations-là même sont encore fortement influencées par 1 esprit qui règne dans les établissemens publics.
Quant à l’éducation des parens et à celle du monde , elles sont absolument sous l’empire de l’opinion publique. Le gouvernement 11e saurait en disposer despotiquement , parce qu’on ne commande point aux volontés, mais il a, pour les attirer à lui, les mêmes moyens dont il se sert pour influencer l’opinion; et l’on sait combien ces moyens sont puissans, surtout avec un peu d’adresse et de temps, puisque les deux grands mobiles de l'homme , la crainte et l’espérance, sont toujours plus ou moins au pouvoir des gouvernans , dans tous les sens et sous tous les rapports.
Sans donc avoir recours à ces actes arbitraires et violens que l'on a trop admirés
58 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, dans certaines institutions anciennncs , et qui ne peuvent avoir qu’un succès plus ou moins passager , comme tout ce qui est fondé sur le fanatisme et l’enthousiasme , les gouvernemens ont une infinité de moyens pour diriger, suivant leurs vues, tous lesdifférens genres d’éducation. Il ne s’agit que de voir dans quel esprit chacun doit chercher à y influer. Commençons par ceux que nous avons nommés gouvernemens de droit privé ou d'exceptions, et dans cette classe , par celui que l’on appelle gouvernement monarchique.
Dans une monarchie héréditaire, où l’on reconnaît au prince et à sa famille des droits ( et par conséquent des intérêts) qui sont propres à lui seul et distincts de ceux de la nation , on les fonde , ou sur l’effet de la conquête, ou sur le respect dû à une antique possession , ou sur l’existence d’un pacte tacite ou créé exprès , dans lequel le prince et sa famille sont considérés comme une partie contractante, ou sur un caractère surnaturel et une mission divine, ou sur tout cela ensemble. Dans tous ces cas également , il n’est pas douteux que le souverain ne doive chercher à inculquer et à répandre les maximes de l’obéissance passive ,