CHAPITRE IV, LIVRE IV. UQ
un profond respect pour les formes établies , une haute idée de la perpétuité de ces arrangemens politiques, beaucoup d’éloignement pour l’esprit d innovation et de recherche, une grande aversion pour la discussion des principes.
Dans cette vue, il doit d’abord appeler à son secours les idées religieusesqui saisissent les esprits dès le berceau, et font naître des habitudes profondes et des opinions invétérées, long-temps avant l’àge de la réflexion. Toutefois il doit commencer par s’assurer de la dépendance des prêtres qui les enseignent, sans quoi il aurait travaillé pour eux et non pas pour lui, et porté dans l’état un élément de trouble , au lieu d’une cause de stabilité. Cette précaution prise , parmi les religions entre lesquelles il peut choisir, il doit donner la préférence à celle qui exige le plus la soumission des esprits, qui proscrit le plus tout examen, qui accorde le plus d autorité à l'exemple, à la coutume, à la tradition, aux décisions des supérieurs, qui recommande le plus la foi et la crédulité, et enseigne un plus grand nombre de dogmes et de mystères. 11 doit par tous les moyens rendre
cette religion exclusive et dominante, autant qu’il le peut, sans révolter les préventions trop généralement répandues ; et , s’il ne le peut pas, il faut que , parmi les autres religions , il donne , comme en Angleterre , la préférence absolue à celle qui ressemble le plus à celle-là.
Ce premier objet rempli , et ce premier fond d’idées jeté dans les têtes, le second soin du souverain doit être de rendre les esprits doux et gais, légers et superficiels. Les belles-lettres et les beaux-arts , ceux d’imagination et ceux de pur agrément , le goût de la société et le haut prix attaché à l’avantage d’y réussir par scs grâces, sont autant de moyens qui contribueront puissamment à produire cet effet. L'érudition même et les sciences exactes n’y nuiront pas; au contraire. On ne saurait trop encourager et mettre en honneur ces talens aimables et ces
utiles connaissances.Lesbrillanssuccèsque les Français ont obtenus dans tous ces genres, au moment du réveil de leur imagination , . l’éclat qui en a rejailli sur eux, et la vanité qu’ils en ont conçue, sont certainement les principales causes qui les ont éloignés si long-
Digilized