CHAPITRE IV, LIVRE IV
temps du goût des affaires, et de celui des recherches philosophiques. Or, ce sont ces deuxtlernières inclinations que le prince doit surtout tâcher d’étouffer et de contrarier. S'il y réussit , il n’a plus rien à faire , pour assurer la plénitude de sa puissance et la stabilité de son existence, qu’à fomenter dans toutes les classes de la société le penchant à la vanité individuelle et le désir de briller. Pour cela , il lui suffit de multiplier les rangs , les titres, les préférences , les distinctions, en faisant en sorte que les honneurs qui rapprochent le plus de sa personne soient du plus haut prix aux yeux de celui qui les obtient.
Sans entrer dans plus de détails , voilà , je pense , dans quel esprit doit être dirigée l’éducation dans une monarchie héréditaire, en y ajoutant cependant la précaution de ne répandre que très- sobrement l’instruction dans les dernières classes du peuple , et de la borner à peu près à l’enseignement religieux. Car cette espèce d'hommes a besoin d’être tenue dans l’avilissement de l’ignorance et des passions brutales , pour ne pas passer de l’admiration pour tout ce qui est au-dessus d’elle , au désir de sortir de sa
misérable condition , et pour ne pas concevoir même la possibilité d'un changement. Car cela la rendrait l’instrument avfcugle et dangereux de tous les réformateurs fanatiques et hypocrites , ou même éclairés et bienveillans.
On peut dire, à peu près, les mêmes choses de la monarchie élective, avec cette différence cependant , qu’elle se rapproche beaucoup plus de l’aristocratie héréditaire dont nous allons parler. Car la monarchie élective, qui est toujours un gouvernement très-peu stable, ne saurait avoir absolument aucune solidité sans être soutenue par une aristocratie très-forte; car autrement elle deviendrait tout de suite une tyrannie populaire très-turbulente et très-passagère.
Les gouverne mens dans lesquels le corps des nobles est reconnu avoir les droits de la souveraineté, et où le reste de la nation est regardé légalementcomme leur étant soumis, ont , à beaucoup d’égards , relativement à l’éducation , les mêmes intérêts que les monarchies héréditaires. Cependant ils en différent d’une manière remarquable. L’existence des nobles n’étant jamais aussi imposante que