‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 36 sur 216 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sur le Livre V. — Que les lois que le législateur donne , doivent être relatives au principe du gouvernement.

Nous avons dit, au commencement du chapitre IV, que les lois de l’éducation doivent être relatives au principe du gouvernement , c’est-à-dire , que l’éducation doit être dirigée dans l’esprit le plus convenable au maintien du gouvernement établi, si l’on veut prévenir sa chute et empêcher sa ruine , et certainement personne ne sera tenté de dire le contraire. Or, cette vérité si certaine et si généralement avouée , renferme implicitement celle dont il s’agit actuellement j car 1 éducation dure toute la vie , et les lois sont l’éducation des hommes faits. Il n’y en a pas une, de quelque espèce qu’elle soit , qui n’inspire quelques sentimens et n éloigné de quelques autres, qui ne porte à certaines actions, et ne détourne de celles qui leur sont opposées* Par-là les lois, à la longue, forment les moeurs.

5a COMMENTAIRE SCR MONTESQUIEU.

c’est-à-dire , les habitudes. Il ne s’agit donc ici que de voir quelles sont celles qui sont favorables ou contraires à telle ou telle espèce de gouvernement, toujours sans préjuger leurs autres effets sur le bonheur de la société, et par conséquent, sans prétendre detei miner le degré de mérite des différons gouvernciacns qui les rendent necessaires . c est la l’objet d’une discussion ultérieure dont nous ne nous occupons pas actuellement.

Montesquieu , dans tout ce livre , raisonne très-conséquemment au système qu il s est fait sur la nature des différens gouvernemens, et sur ce qu’il appelle les principes propres à chacun d’eux. Il fait si bien consister la vertu politique des démocraties dans le renoncement à soi-même et dans l’abnégation de tous les senlimens naturels, qu’il leur donne pour modèle les règles des ordres monastiques ; et , parmi ces règles, il choisit les plus austères et les plus propres à déraciner dans les individus tout sentiment humain. Pour atteindre a ce but , il approuve , sans restriction , que 1 on prenne les mesures les plus violentes , cpmme celles de partager toutes les terres également , de ne jamais permettre qu’un seul homme

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