‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 38 sur 216 · CHAPITRE V, LIVRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, LIVRE V

qu’il entraîne, plutôt qu’il ne dit comment il devrait être. Effectivement cela lui était impossible. Après avoir commencé par dire : Quand les [sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre au pied et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement despotique. Tout ce qu'on ajouterait serait bien superflu (i).

Telles sont les vues que Montesquieu nous donne ici sur les lois en général , en attendant que, dans les livres suivans, il entre davantage dans les détails des diverses espèces de lois et de leurs différens effets. On ne peut nier que beaucoup de ces idées ne soient dignes de la grande sagacité de notre illustre auteur; mais il faut convenir aussi qu’il y en a • qui sont bien contestables. D’ailleurs elles me paraissent toutes assez mal motivées par l'application exclusive des mots vertu , modération, honneur et crainte , à ces différentes espèces de gouvernemens. Il serait long et pénible de les dis—

(i) Dans ce peu de mots, consiste tout le chapitre xni de ce livre, suivi cependant d’assez grands détails sur le même sujet , dans les quatre chapitres suivans. '

56 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, cuter en partant de cette base, qui n’offre rien d’assez solide ni d’assez précis. Nous parviendrons plus aisément à en apprécier la valeur, en revenant à notre division des gouvernemens en nationaux et spéciaux , et en les examinant sous leurs différentes formes.

La monarchie, ou le pouvoir d’un seul, considérée dans son berceau au milieu de l’ignorance et de la barbarie ( c’est là ce que Montesquieu appelle le gouvernement despotique), ne donne lieu sans doute à aucun système de législation. 11 est à peu près réduit pour toute source de revenu , aux pillages, aux présens et aux confiscations, et pour tout moyen d’administration, au sabre et au cordon. Il faut que celui qui est revêtu 0 du pouvoir puisse choisir lui-même son successeur au moins dans sa famille, et que ce successeur, arrivé au trône, fasse étrangler ceux qui auraient pu le lui disputer. Il faut enfin que, sans hésiter, il soit le chef ou l’esclave des prêtres en crédit dans le pays ; et, pour qu’il puisse perpétuer cette existence périlleuse, nous n’avons, comme Montesquieu , aucun autre conseil à lui donner que

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