‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 40 sur 216 · CHAPITRE V, LIVRE V. 5g · texte numérisé non relu

CHAPITRE V, LIVRE V. 5g

à sa volonté, d’imprimer un grand respect pour les usages établis, quoiqu'ils lui soient subordonnés, en un mot, de donner à tout, un caractère de dépendance et de perpé- 1 tuité raisonnées, que l’on puisse défendre par des motifs plausibles , sans être obligé de recourir incessamment à la discussion du droit primitif et originaire.

Tout cela rentre parfaitement dans tout ce que nous avons dit de ce gouvernement dans les chapitres III et IV, et justifie pleinement, ce me semble, tous les conseils que Montesquieu donne dans ce livre -ci. La vénalité des charges même , qui est sans doute le point le plus contestable , me parait suffisamment motivée par ces considérations.

Car d’abord le choix direct du prince , influencé par ses courtisans , ne fournirait pas en général de meilleurs sujets, que la . . i

liberté qu’il se réserve toujours de donner ou de refuser à celui qui se présente pour acheter. On peut même dire ensuite que le besoin de finance produit naturellement parmi les candidats, une première épuration qui est utile, et qui ne serait pas aisément remplacée dans tout autre mode de nomination.

Eu effet, il est essentiel à ce gouvernement que le public attache beaucoup d’importance à 1 éclat extérieur. 11 faut que ceux qui remplissent les places obtiennent beaucoup plus de considération par la figure qu’ils font , que par l’importance de leurs fonctions mêmes. Or, la vénalité en écarte sûrement, non- seulement ceux qui n’ont pas de quoi les payer , mais même ceux qui n’auraient pas de quoi y briller par leur dépense, et qui seraient tentés d’introduire la mode de mépriser le faste , et de se faire valoir par d’autres avantages moins firi voles. De plus, cette même vénalité tend énergiquement à appauvrir le tiers état au profit du trésor par les finances qu’on y verse , et au profit de la classe privilégiée en y faisant entrer les fortunes de ceux qui s’y trouvent introduits par ces charges 5 et c’est encore là un avantage important dans ce système. Car il 11’y a que la classe inférieure dans un tel ordre de choses , qui s’enrichisse continuellement par l’économie, par le commerce, par tous les arts utiles; et, si on ne la soutirait pas sans cesse par tous les moyens, elle deviendrait rapidement la plus riche et la

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