CHAPITRE V, LIVRE V. Gl
plus puissante, et même la seule puissante, étant déjà nécessairement , par la nature de ses occupations, la plus éclairée et la plus sage. Or, c'est ce qu’il faut surtout éviter. Le mot de Colbert h Louis XIV : Sire , quand V. M. crée une charge , lu Providence crée tout de suite un sot pour racheter, est plein d’esprit et de profondeur sous ce rapport. Effectivement, si la Providence ne fascinait pas à chaque instant les yeux des hommes de la classe moyenne, ils réuniraient bientôt tous les avantages de la société. Les mariages des filles riches des plébéiens avec les membres pauvres du corps de la noblesse sont encore un excellent moyen de prévenir cet inconvénient. On ne saurait trop les encourager. C’est une des choses en quoi la folle vanité est le plus utile.
- Les avis que Montesquieu donne aux gouvernemens aristocratiques dans ce même livre, me paraissent également sages. J’y ajouterais seulement que, si les nobles aristocrates doivent s’interdire tous les moyens d’augmenter leurs fortunes , ils doivent en même temps veiller, avec un soin Jaloux , à ce que les membres de la bourgeoisie n’ac-
croissent pas leurs richesses. Ils doivent contrarier sans cesse le développement de leur industrie, et, s’ils nepeuvent réussir à l’étouffer , il faut qu'ils fassent entrer successivement dans leur corps tous ceux qui ont obtenu un grand succès. C’est le seul moyen qui leur reste pour n’avoir pas tout à en craindre. Encore ce moyen ne serait-il pas sans danger si Ton était obligé d'y avoir recours trop souvent.
11 est presque superflu d'observer ici , comme nous l’avons fait à propOs de l’éducation , que les monarchies et les aristocraties dites nationales ont absolument les mêmes intérêts, et que toutes doivent prendre les mêmes mesures; mais qu’elles doivent les employer avec infiniment plusde ménagement et de circonspection. Car enfin il est convenu qu’ elles n’existent que pour l’avantage de tous : il ne faut donc pas qu’il soit trop visible que toutes ces dispositions qui n’ont pour but que l’intérêt particulier des gouvernans, sont contraires au bien général et à la prospérité de la masse. Mais c’en est assez sur ce sujet.
Je ne parlerai point ici de la démocratie pure, parce que, comme je l’ai déjà dit, c’est