CHAPITRE V, LITRE V
11 désire que l'esprit de travail, d’ordre et d économie, règne dans la nation. Il n’ira pas , comme certaines républiques anciennes, demander minutieusement compte aux individus de leurs actions et de leurs moyens, ou les gêner dans le choix de leurs occupations. 11 ne les tourmentera même pas par des lois somptuaires qui ne font qu’aigrir les passions, et qui ne sont jamais qu’une atteinte inutile portée à la liberté et à la propriété. Il lui suffira de ne point détourner les hommes des goûts sages et des idées vraies, de ne fournir aucun aliment à la vanité , de faire que le faste et le déréglement ne soient pas des moyens de succès , que le désordre des finances de l’état ne soit pas une occasion fréquente de fortunes rapides , et que l'infamie d’une banqueroute soit un arrêt de mort civile. Avec ces seules précautions , les vertus domestiques se trouveront bientôt dans presque toutes les familles, puisqu’il est vrai qu’on les y rencontre fréquemment, au milieu de toutes les séductions qui en éloignent, et malgré les avantages que l’on trouve trop souvent à y renoncer.
Par les mêmes raisons, ce gouvernement, qui a un besoin pressant que toutes les idées justes se propagent et que toutes les erreurs s’évanouissent, ne croira pas atteindre ce but en payant des écrivains , en faisant parler des professeurs, des prédicateurs, des comédiens, en donnant des livres élémentaires privilégiés, en faisant composer des almanachs, des catéchismes, des instructions, des pamphlets, des journaux, en multipliant les inspections, les règlcmens , les censures, pour protéger ce qu’il croit la vérité. Il laissera tout simplement chacun jouir pleinement du beau droit de dire et d’écrire tout ce qu’il pense , fari quœ senti at ; bien sûr que, quand les opinions sont libres, il est impossible qu’avec le temps la vérité ne surnage pas, et ne devienne pas évidente et inébranlable. Or, il n'a jamais à craindre ce résultat, puisqu’il ne s’appuie sur aucun de ces principes contestables que l’on ne peut défendre que par des considérations éloignées, puisqu’il n’est fondé originairement que sur la droite raison , et puisqu’il fait profession d’être toujours prêt à s’y soumettre, ainsi qu’à la volonté générale dès