‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 46 sur 216 · CHAPITRE Tl, LIVRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE Tl, LIVRE VI

avons dit que ce n’était qu’un abus et non une espèce de gouvernement. Cela est vrai , si l’on 11e considère que 1 usage du pouvoir. Mais, si l’on n’a égard qu à son étendue , le despotisme est le gouvernement d un seul, fl est la concentration de tous les pouvoirs dans une seule et même main. Il est letat de la société dans lequel un seul a tous les pouvoirs, et tous les autres n’en ont aucun. Il est enfin essentiellement la monarchie, à prendre ce mot dans toute la force de sa signification. Aussi avons-nous déjà observé quil est la vraie monarchie pure, c’est-à-dire, illimitée; et il n’y a pas d’autre vraie monarchie. Car , qui dit monarchie tempérée ou limitée, dit une monarchie où un seul na pas tous les pouvoirs, où il y en a d’autres que le sien , c’est-à-dire , une monarchie qui n’est pas une monarchie. Il faut donc écarter cette dernière expression qui implique contradiction : et nous voilà revenus, par la force des choses et l’exaclitude de l’analyse, à trois genres degouvernemensjmais, au lieu du républicain, du monarchique et du despotique , nous avons le démocratique , l’aristocratique et le monarchique.

Dans ce système que ferons-nous donc de ce que l’on appelle ordinairement monarchie, c’est-à-dire , de cette monarchie qui est limitée et tempérée? nous remarquerons que ce n’est jamais par le corps entier de la nation que le pouvoir du monarque est limité, quand il l’est; car alors ce ne serait plus le gouvernement monarchique tel qu’on l’entend, ce serait le gouvernement représentatif sous un seul chef, comme dans la constitution des Etats-Unis de l’Amérique, ou comme dans celle faite pour la France, en 1791. Le pouvoir du souverain dans ce qu’on nomme monarchie tempérée, n’est donc jamais limité que par des fractions de la nation , et parades corps puissans élevés dans son sein , c’est-à-dire , des collections d'hommes on de familles, réunies par une conformité de naissance, de fonctions, ou d’illustration , et ayant des intérêts communs , mais distincts de l’intérêt général de la masse. Or, c’est là précisément ce qui constitue une aristocratie. J’en conclus que la monarchie de Montesquieu n’est autre chose que l’aristocratie sous un seul chef, et que par conséquent sa division des gouvernemcns , bien

Page 1