‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 47 sur 216 · CHAPITRE VI, LIVRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI, LIVRE VI

expliquée et bien comprise, se réduit à celleci : démocratie pure , aristocratie avec un ou plusieurs chefs, et monarchie pure.

Cette nouvelle manière de considérer les formes sociales , en nous faisant mieux voir le caractère essentiel de chaque gouvernement , nous suggère des réflexions importantes. La démocratie pure, malgré les éloges que lui ont prodigués le pédantisme et l’irréflexion , est un ordre de choses insupportable. La monarchie pure est, à peu près, aussi intolérable ; l’une est un gouvernement de sauvages ; l autre , un gouvernement de barbares. Il est à peu près impossible que tous deux n’éprouvent pas des altérations à la longue. Ils sont seulement, l’un et l’autre, l’enfance de la société, et l’état presque nécessaire de toute nation commençante.

En effet, des hommes grossiers etignorans ne savent pas combiner une organisation sociale. Us ne peuvent imaginer que deux choses , ou de prendre tous également part à la conduite de la peuplade , ou de s en remettre aveuglément à celui dentreux qui s’est attiré leur confiance. Le premier de ces deux moyens a dû être préféré le plus sou-

vent par ceux chez qui l’esprit d’inquiétude et d’activité a entretenu l’instinct de l’indépendance ; et le second par ceux en qui la paresse et l’amour du repos ont prévalu ; et, dans cet état primitif de l’homme , l’influence du climat agissant très-énergiquement , elle a dû presque toujours décider de ces dispositions. Aussi voyons-nous toutes les sociétés informes , depuis le nord de l’Amérique jusqu’à la Nigritie et aux îles de la mer du Sud , sous l’un de ces deux régimes , ou même passant rapidement de l’un à l’autre suivant les circonstances. Car, quand une horde de sauvages a élu un chef de guerre, qu’ils suivent tous, la démocratie absolue est changée en monarchie pure.

Mais ces deux ordres de choses font naître des mécontentemens , soit par la conduite du despote, soit par celle des citoyens; et, pendant ce temps-là , il s’établit insensiblement entre les membres de l’association des différences de crédit , de forces , de richesses , de talens , de puissance quelconque. Ceux qui possèdent ces avantages en usent. Ils forment des réunions , ils se saisissent des opinions civiles ou religieuses qui s’établissent

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