CHAPITRE VI, LIVRE VI
Pour ce qui regarde les lois criminelles , il n y a pas d’organisation sociale où elles ne doivent être aussi simples qu'il est possible, et suivies littéralement dans les jugemens ; mais, quanta la forme de la procédure, plus Je gouvernement aura de respect pour les droits des hommes , plus elle sera circonspecte et favorable à la juste défense de l’accusé. Ces deux points ne peuvent pas faire matière à discussion.
Il pourrait naître d’importaptes questions relativement à l’usage des jurés , et ce serait ici le moment de les traiter ; mais Montesquieu n’en parle pas. Je me bornerai donc à dire que cette institution me paraît beaucoup plus digne d’éloges , sous le rapport politique , que sous le rapport judiciaire ; c’està-dire, que je ne suis pas bien sûr quelle soit toujours un moyen très-efficace de rendre les jugemens plus justes ; mais il me paraît hors de doute qu’elle est un obstacle trèspuissant à la tyrannie des juges ou de ceux qui les nomment , et une manière certaine d’habituer les hommes à faire plus d’attention et à attacher plus d’importance aux injustices faites à leurs semblables. Cette consi-
déralion me parait prouver que cet usage est convenable aux différens gouvernemens , à proportion qu’ils sont eux-mèmes plus compatibles avec l’esprit de liberté , l’amour de la justice et le goût- général pour les affaires.
C’est, au reste, un très-bon usage dans les gouvernemens, que la punition de tous les délits se poursuive par les soins de la partie publique, et non par l’effet d’accusations particulières.. Punir le crime pour empêcher qu’il ne se renouvelle, est une vraie fonction publique. Personne ne doit être maître de s’en emparer pour la faire servir à ses passions privées , et lui donner l'air d’une vengeance.
Relativement à la sévérité des peiues> la première question qui se présente à résoudre, est de savoir si la société a jamais le droit d’ôter la vie à un de ses membres. Montesquieu n’a pas jugé à propos de traiter cette question, sans doute parce qu’il entre dans son plan de parler toujours du fait et de ne jamais discuter le droit. Pour moi , quoique très-fidèle au plan que je me suis fait de le suivre scrupuleusement, je pense qu’il est utile de justifier ici la peine capitale du