CHAPITRE Vr, LIVRE VI
reproche d’injustice dont l’ont couvert des hommes respectai)! es, et par leurs lumièreset par les motifs qui les ont dirigés. 11 ne faut pas que cette mesure sévère et affligeante ait un caractère odieux , tant que les circonstances la rendent nécessaire. J’avouerai donc que, suivant moi , la société a pleinement le droit d’annoncer d'avance qu’elle fera périr quiconque se rendra coupable d’un crime, dont les suites lui paraissent assez funestes pour être subversives de son existence. C’est à ceux qui ne voudraient pas se soumettre aux conséquences de cette disposition h renoncer à la société qui l’adopte , avant de s’être mis dans le cas qu’on puisse la leur appliquer. Ils doivent toujours en avoir la liberté toute entière, et dans toute autre occasion, comme dans celle-là : sans quoi il n’y a pas un règlement de la société qui soit complètement juste, Çbisqu’il n’y en a pas un qui ait été accepté librement par les intéressés. Mais, avec cette condition , l’établissement de la peine de mort me paraît tout aussi juste en lui-même que celui de toute autre peine.
Cela ne veut pas dire, au reste, que le coupable soit obligé en conscience d’aban-
donner sa vie , parce que la loi veut sa mort , et de renoncer à se défendre , parce quelle l’attaque. Ceux qui ont professé ces principes sont aussi exagérés dans leur sens , que ceux qui contestent à la société le droit de punir de mort, le sont dans le leur. Les uns et les autres ont une idée inexacte de la justice criminelle. Quand le corps social annonce qu’il punira de telle peine telle action , il se déclare d’avance en état de guerre avec celui qui commettra cette action qui lui nuit. Mais le coupable n’a pas perdu pour cela le droit de sa défense personnelle. Nul être animé n’en saurait être jamais privé. Seulement il est réduit à ses forces individuelles ; et les forces sociales qui , dans toute autre occasion , l’auraient protégé , sont dans celle-ci tournées contre lui .
Il ne reste plus qu’à savoir jusqu a quel point il faut employer ces forces c#ntre le crime, pour le prévenir efficacement. A cet égard , on ne peut qu’admirer la belle observation de Montesquieu , que plus les gouvernemens sont animes de l'esprit de la liberté, plus les peines y sont douces; et les excellentes choses qu’il dit sur l’ineflica-