CHAPITRE VI, LIVRE VI
cilé des punitions barbares ou seulement trop sévères , sur le triste effet quelles ont de' multiplier les crimes, au lieu de les diminuer, parce qu’elles rendent les mœurs atroces et les sentimens féroces , enfin sur la nécessité de graduer et de proportionner les peines à l’importance des délits et à la tentation de les commettre, et surtout de faire en sorte qu’il ne paraisse pas possible que le coupable y échappe; c’est là principalement ce qui détourne du crime; et il ne faut jamais oublier que le seul motif raisonnable des punitions , la seule cause qui les rende justes , ce n’est pas de réparer le mal fait , ce qui est impossible; ce n’est pas de satisfaire la haine qu’inspire le vice , ce qui ne serait qu’obéir à un sentiment aveugle ; mais c’est uniquement d’empêcher le mal à venir , ce qui est la seule chose à la fois utile et possible.
Cette seule réflexion fait voir combien est absurde la loi du talion, qui donne à la justice la marche et toute l’apparence d’une vengeance brutale. On est tout étonné de trouver dans notre célèbre auteur un chapitre exprès sur cette loi de sauvages, et
S4 COMMENTAIRE SCR MONTESQUIEU, de n’y poiut trouver cette remarque essentielle. 11 y a des moniens où les meilleurs esprits paraissent réellement sommeiller.
Montesquieu nous en fournit un autre exemple dans le chapitre suivant, où il approuve que des hommes innocens soient déshonorés pour le crime de leur père ou de leurs fils : on en peut dire autant du chapitre i8mc. , où , après ces mots , nos pères les Germains ri admettaient guère que des peines pécuniaires ,• il ajoute : Ces hommes guerriers et libres estimaient que leur sang ne devait être verse que les armes à la main. 11 ne s’aperçoit pas que, si les sauvages de la forêt Hercinie qu’il veut vanter , on ne sait pourquoi , n avaient jamais accepté de compositions pécuniaires pour un assassinat , il aurait dit, avec bien plus de raison : Ces hommes généreux et fiers mettaient à si haut prix le sang de leurs proches , qu'ils croyaient que le sang seul du coupable pouvait le payer , et qu'ils auraient rougi d'en faire l'objet d'un honteux trafic. Ce profond penseur a souvent le tort, comme Tacite, de beaucoup trop respecter les peuples barbares et leurs institutions.