‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 52 sur 216 · CHAPITRE TI j LIVRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE TI j LIVRE VL

Malgré ces légères fautes , on ne peut trop l’admirer. Cependant je lui reprocherai encore dans ce livre de ne s’être pas prononcé assez fortement contre l’usage de la torture et celui de la confiscation, peines que pourtant il désapprouve. À l’égard du droit de faire grâce, il est certain qu’il est nécessaire, au moins aussi long-temps que durera l'usage de la peine de mort. Car, tant que les juges seront exposés à faire une injustice irréparable, il faut bien qu’il y ait quelque moyen de s’en préserver , quand on a sujet de le craindre; et cela est encore plus indispensable , lorsque tout le monde convient que les lois sont très-imparfaites. Du reste , je ne vois pas pourquoi Montesquieu dit : La clémence est ta qualité distinctive du monarque. Dans la république > où l'on a pour principe la vertu , elle est moins nécessaire. Je ne suis pas plus satisfait de ses autres réflexions sur ce sujet. Je vois seulement que, dans les gouvememens où l’on respecte la liberté , on doit prendre bien garde que l’on ne puisse pas y porter atteinte au moyen du droit de faire grâce , et que ce droit ne devienne pas un pri-

vilége d'impunité pour certaines personnes et pour certaines classes , comme cela n’arrive que trop souvent dans les monarchies, ainsi qu’Helvétius l’objecte , avec raison , à Montesquieu .

Page 1