CHAPITRE VII, LIVRE VU
entraînées, que parce qu’ils ont produit un meilleur emploi de toutes les forces. Tout le bien des sociétés humaines est dans la bonne application du travail ; tout le mal dans sa déperdition. Ce qui , au reste, ne veut dire autre chose , si ce n’est que, quand on s’occupe de pourvoir à ses besoins, ils sont satisfaits; et que, quand on perd son temps, ou souffre. On est honteux de devoir prouver une vérité si palpable, mais il faut se rappeler que l’étendue de ses conséquences est surprenante.
On pourrait faire un ouvrage tout entier sur le luxe, et il serait très-utile; car ce sujet n’a jamais été bien traité. On montrerait que le luxe, c’est-à-dire, le goût des dépeuses superflues, est, jusqu'à un certain point, l’effet du penchant naturel à l’homme pour se procurer incessamment des jouissances nouvelles , dès qu’il en a les moyens , et de la puissance de l’habitude qui lui rend nécessaire le bien-être dont il a joui , même alors qu’il lui devient onéreux de continuer à se le procurer ; que pâr conséquent le luxe est une suite inévitable de l’industrie dont pourtant il arrête les progrès, et de la ri-
chesse qui] tend à détruire; et que c’est pour cela aussi que, quand une nation est déchue de son ancienne grandeur, soit par l’effet du luxe, soit par toute autre cause, il y survit à la prospérité qui l’a fait naître, et en rend le retour impossible, à moins que quelque secousse violente et dirigée vers ce but , ne produise une régénération brusque et complète. Il en est de même des particuliers.
Il faudrait faire voir, d’après ces données , que , dans la situation opposée, quand une nation prend, pour la première fois, son rang parmi les peuples civilisés, il faut, pour que le succès de ses efforts soit complet, que les progrès de son industrie et de ses lumières soient beaucoup plus rapides que ceux de son luxe. C’est peut-être principalement à cette circonstance qu’on doit attribuer le grand essor qu’a pris la monarchie prussienne sous soft second et son troisième rois; exemple qui doit un peu embarrasser ceux qui prétendent que le luxe est si nécesssaire à la prospérité des monarchies. C’est une même circonstance qui me paraît assurer la durée de la félicité des États-Unis; et l’on