‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 63 sur 216 · CHAPITRE VU , LIVRE VIT. I I t · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU , LIVRE VIT. I I t

coup de respect pour tout ce qui brille , de rendre les esprits frivoles et légers pour les éloigner des affaires , de fomenter des sentimens de rivalité entre les diverses classes de la société , de faire incessamment sentir à tous le besoin d’argent et de ruiner ceux de ses sujets qui pourraient devenir solidement puissans par l’excès de leurs richesses. Saus doute il lui en coûte fréquemment des sacrifices pécuniaires pour réparer le désordre des affaires de ces familles illustrées qu’il a besoin de soutenir; mais, avec le pouvoir qu’elles lui conservent, il a le moyen de se procurer de plus grandes ressources encore aux dépens des autres. Telle est la marche propre à la monarchie, comme nous l’avons déjà vu. Ajoutons seulement que , par les raisons contraires , le gouvernement représentatif , dont nous avons aussi expliqué la nature et les principes , n’a nul motif de favoriser la faiblesse naturelle à l’homme de se livrer à des dépenses superflues ; qu’il a des intérêts tout opposés , et que , par conséquent , il n’est jamais obligé d^g sacrifier une partie des forces de la société , pour réussir à la régir tranquillement. Il n’est pas

nécessaire d’entrer dans plus de détails suf ce sujet.

Mais les gouvernemens qui ont intérêt à s’opposer aux progrès du luxe , doivent-ils avoir recours aux lois somptuaires? je ne répéterai pas ici que les lois somptuaires sont toujours un abus d’autorité , une atteinte à la propriété , et quelles ne parviennent jamais au but quelles se proposent. Je dirai seulement qu’elles sont inutiles , quand l’esprit de vanité n’est pas incessamment excité par toutes les institutions ; quand la misère et l'ignorance de la basse classe ne sont pas assez grandes pour quelle ait une admiration stupide pour le faste; quand les moyens de faire des fortunes rapides et excessives sont rares ; quand ces fortunes se dispersent promptement par l égalité des partages dans les successions; quand enfin tout imprime aux esprits une autre direction et le goût des vraies jouissances; quand, en un mot, la société est bien ordonnée.

Voilà les vrais moyens de combattre le luxe; toutes 15s autres mesures ne sont que des expédiens misérables. Je ne reviens point de mon étonnement de ce qu’un homme

Page 1