‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 65 sur 216 · chapitre viii, livre vnr. n5 CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

chapitre viii, livre vnr. n5 CHAPITRE VIIL

Sur le Livre VIII • — De la corruption des principes des trois gouvernent eus.

Aucun livre de Y Esprit des Lois ne prouve mieux que celui-ci combien est vicieuse la classification des gouvernemens qu’a adoptée Montesquieu , et combien nuit à la profondeur et à letendue de ses idées l'usage qu’il a fait de cette classification systématique, en adaptant exclusivement à chacun de ces gouvernemens un sentiment qui se trouve plus ou moins dans tous, dont il fait le principe unique de chacun deux , et dont il tire , pour ainsi dire par force , la raison de tout ce qu’ils font et de tout ce qui leur arrive.

En effet , dans ce livre huitième , la première chose dont on est frappé , c’est qu’en n’annonçant que trois espèces de gouvernemens, il commence par en distinguer quatre, qui sont en effet très-différens , et il finit par en réunir deux sous le nom dé républicain,

I iG COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU *

qui n'ont réellement nulle ressemblance sous le rapport dont il est question, celui de l’étendue du territoire.

Ensuite, vu qu'aucune institution humaine n’est exempte de défauts, on s’attend qu’il va nous dire quels sont les vices inhérens et propres à chacune des formes sociales, et nous enseigner les moyens de les combattre. Point du tout : en vertu de son arrangement systématique, il se tient dans les abstractions ; il n’est point question encore des gouvernemens, il ne s’agit que de leurs principes. Et que nous apprend-il relativement à ces principes? le voici :

Le principe de la démocratie , dit-il , se corrompt , non-seulement lorsqu'on perd l’esprit d’égalité , mais encore lorsque chacun veut être égal à ceux qu'il choisit pour lui commander : et il explique cette seconde idée par beaucoup d’exemples et de raisonnemens. Mais, toute juste quelle est, a-t-elle quelque rapport particulier avec la vertu démocratique qu’il a caractérisée ailleurs , T abnégation de soi-même, plus qu’avec tout autre principe politique? Est-il une société quelconque qui puisse subsister quand tout

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