‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 67 sur 216 · CHAPITRE VIII, -LIVRE VIII. I If · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII, -LIVRE VIII. I If

combattre ou du moins de discuter une assertion qui est la suite de toutes ces idées. 11 prétend que la propriété naturelle des petits états est d’être gouvernés en république ; celle des médiocres , d’être soumis à un monarque ; celle des grands empires , d'être dominés par un despote : que , pour conseiver les principes du gouvernement établi. , il faut maintenir Tétât dans la grandeur qui l avait déjà ; et que cet état changera d'esprit à mesure qu’on rétrécira : ou qu'on étendra ses limites. Je crois cette décision sujette à beaucoup de difficultés.

Premièrement, je répéterai une observation que j’ai déjà faite souvent. Le mot république est ici fort équivoque. Il s’applique également à deux gouvernemens qui se ressemblent en cela, qu’ils n’ont pas un chef unique , et qui diffèrent beaucoup pour l’objet dont il s’agit. La démocratie ne peut certainement avoir lieu que daus un très-petit espace, ou que dans l’enceinte d'une seule ville; et même, à la vigueur , elle est absolument* impossible partout, un peu de temps de suite. Comme nous l’avons déjà dit, c’est l’enfance de la société. Mais pour l'aristocratie sous plusieurs chefs,

nommée république, il me semble que rien ne l’empêche de gouverner un vaste territoire , comme l’aristocratie sous un seul chef, nommée monarchie . La république romaine est une grande preuve que cela est très-possible.

A l’égard du gouvernement despotique ( la monarchie pure) , je ne conçois pas comment Montesquieu peut avancer ( cliiip . 19) , qu’il est nécessaire pour bien régir un grand empire, après avoir dit précédemment que c’est toujours un gouvernement abominable j ni comment il prétend ici qu il faut con-* server à ce vaste empire son étendue , pour conserver le principe de ce gouvernement , après avoir dit aussi précédemment que ce gouvernement 11e peut subsister qu en renonçant à son principe. Tout cela est contradictoire (1).

Ce dernier aveu m’autorise à renouveler mon assertion , que le despotisme est , comme la démocratie , un état de la société encore

informe, et que ces deux mauvais ordres de

(i) Je crois que l’on peut dire seulement que tout état, excessivement étendu, ne peut manquer de tomber sous le joug du despotisme , ou de se diviser.

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