CHAPITRE VIII , LIVRE VIII. aa
effet que le pouvoir législatif 11e se mette pas en opposition avec le pouvoir exécutif, comme il arrive souvent dans l'aristocratie sous un seirf chef, lorsque les classes privilégiées se mettent en opposition avec ce chef; et il y a beaucoup de moyens pour cela : mais ce n’est pas ce dont il est question actuellement.
Voilà , je pense , tout ce que Ion peut dire de l’étendue d’une société politique , en ne la considérant que relativement à la forme du gouvernement, comme a fait Montesquieu :
mais il me semble que ce sujet peut être envisagé sous d’autres points de vue qu’il a négligés, et donner lieu à plusieurs observations importantes.
Premièrement , de quelque manière qu’un état soit gouverné, il faut qu’il ait une cer- * taine étendue. S’il est trop petit, les citoyens pourront , quand ils le voudront , se voir tous en deux jours, et faire une révolution en une semaine. Ainsi , vu la mobilité des esprits des hommes et leur excessive sensibilité au mal présent, cet état n’est jamais à l'abri d’un changement subit. Il ne saurait donc avoir ni liberté, ni tranquillité assurées, ni bonheur durable.
11 faut de plus qu’un état ait une force suffisante. S’il est trop faible, il ne jouit jamais d’une véritable indépendance, et u’a qu’une existence précaire. Il ne subsiste tjue par la jalousie réciproque de ses voisins plus puissans. Il souffre de toutes leurs querelles , ou est la victime de leurs réconciliations. 11 est entraîné , malgré lui, dans leur atrriosphère , et il finit par être englobé par l'un d’eux : ou, ce qui est peut-être pis encore , en lui conservant une ombre d’existence , on ne lui laisse jamais la liberté de se gouverner à son gré. 11 faut toujours qu’il soit régi par les principes et suivant les vues des états qui l'entourent , en sorte qu’il est bouleversé , non-seulement par les révolutions qui s’opèrent dans son sein , mais encore par toutes celles qui peuvent avoir lieu ailleurs.
Gênes, Venise, tousles petits états d’Italie, tous ceux de l’Allemagne , malgré leur lien fédératif, Genève, malgré son union au corps helvétique, sont autant de preuves de ces 'vérités. La Suisse et la Hollandeelles-mêmes , malgré leurs forces plus réelles , en sont des exemples encore plus marquans. On a cru et on a dit trop long-temps, sans assez de