‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 70 sur 216 · CHAPITRE VIU, LIVRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIU, LIVRE VIII

réflexion, qu’elles étaient suffisamment défendues , l’une par ses montagnes , l'autre par ses écluses, et toutes deux par le patriotisme de leurs habitans. Mais que peuvent ces faibles obstacles , et le zèle sans moyens , contre une puissance prépondérante ?L expérience a montré quelles n’avaient réellement été conservées que par les égards réciproques des grands états les uns pour les autres. Je ne conçois pas de sort plus malheureux que celui des citoyens d un état faible.

D’un autre côté , il ne faut pas que le corps politique dépasse certaines proportions. Ce n’est pas l’excès de l’étendue qui , en lui-même, me paraît un grand inconvénient. Dans nos sociétés perfectionnées, les relations sont si multipliées , les communications si faciles, l’imprimerie surtout rend si aisé le moyen de transmettre des ordres , des instructions, et même des opinions, et de recevoir, en retour, des comptes et des

renseiffnemens certains et détaillés sur létat O . ,

des choses et des esprits, et sur la capacité et les intérêts des individus, qu’il n’est pas plus difficile de gouverner une grande pro-

i 26 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, vince qu’une petite ; aussi la distance^ me’ semble-t-elle un très-faible obstacle à l’exercice suffisant de l’autorité , et à celui de la force, quand elle est nécessaire. Je crois même que la grande étendue de la base est un avantage incalculable ; parce que , lors-; quelle existe , les troubles intérieurs et les agressions étrangères renversent très -difficilement l’édifice politique.; Car le mal ne peut pas se déclarer partout en même temps , il reste toujours quelques parties saines, d’où l’on peut porter secours aux parties malades. Mais ce qui est important, c’est que l’étendue d’un état ne soit pas telle qu’il renferme dans son sein des peuples trop différens de mœurs, de caractère, surtout de langage , et qui aient des intérêts particuliers trop distintes. Telle est la considération majeure qui me paraît devoir principalement borner l’étendue d’une société.

Il en est pourtant une autre bien digne d’attention encore : il est essentiel au bonheur des habitans d’un pays, que les frontières soient d’une facile défense, qu’elles ne soient pas en même temps sujettes à contestation , et quelles se trouvent placées de manière à

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