‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 71 sur 216 · CHAPITRE VIII , LIVRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII , LIVRE VIII

fie pas intercepter les débouchés des denrées et Je cours que le commerce tend à prendre de lui-même. Pour cela il faut que l’état ait des limites qu’il tienne de la nature , et qui ne soient pas des lignes abstraites , tracées arbitrairement sur une carte.

Sous tous ces rapports, la mer est, de toutes les limites naturelles, la meilleure : elle a de plus une propriété admirable qui lui est particulière, c’est que les forces qui servent à la défendre, les forces navales, emploient peu d’hommes , que ces hommes sont utiles à la prospérité publique, et surtout qu’ils ne peuvent jamais prendre part en masse aux discordes civiles, ni alarmer la liberté intérieure. Aussi est-ce un avantage inappré* ciable, pour être heureux et libre, que d’habiter une ile. Cela est si vrai que , si vous supposez la surface du globe toute partagée en îles d'une grandeur convenable et suffisamment éloignées les unes des autres, vous la verrez couverte de nations industrieuses et riches, sans armées de terre, par conséquent régies par desgouvernemens modérés , ayant entre elles les communications les plus commodes, et pouvant à peine se nuire, autre-

ment qu’en troublant leurs relations réciproques; égarement qui cesse bientôt par l’effet de leurs besoins mutuels. Au contraire, imaginez la terre sans mer, vous verrez les peuples sans commerce, toujours en armes, craignant les nations voisines , ignorant l’existence des autres , et vivant sous des gou* vernemens militaires. La mer est un obstacle pour toute espèce de mal , et une facilité pour toute espèce de bien.

Après la mer, la meilleure limite naturelle , est la cime des plus hautes chaînes de montagnes, en prenant pour ligne de démarcation le point de partage des eaux qui coulent des sommets les plus élevés et par conséquent les plus inaccessibles. Cette limite est encore très-bonne en ce quelle est d’une précision suffisante, en ce que les communications sont si difficiles d’un revers de montagne à Vautre , qu’en général les relations sociales et commerciales s’établissent toujours en suivant le cours des eaux } et enfin en ce que, quoiqu’elle doive être défendue par des troupes de terre, du moins elle en exige un moindre nombre que les pays de plaines, puisque, pour la protéger.

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