‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 74 sur 216 · CHAPITRE IX, LIVRE IX. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX, LIVRE IX. l

derat héréditaire et tout-puissant; et cela rentre dans les inconvéniens des états faibles.

Un autre avantage de la fédération, qui me paraît incontestable, et dont pourtant Montesquieu ne parle pas, c’est qu’elle favorise la distribution plus égale des lumières et la perfection de l’administration , parce qu’elle fait naître un espèce de patriotisme local , indépendamment du patriotisme général, et parce que les législatures particulières connaissent mieux les intérêts particuliers de leur petit état.

Malgré ces heureuses propriétés , je pense que l’on ne doit regarder les fédérations, surtout chez les anciens, que comme des essais et des tentatives d'hommes qui n’avaient pas encore imaginé le vrai système représentatif, et qui cherchaient à se procurera la fois la liberté , la tranquillité et la puissance, avantages que ce système seul peut réunir. Si Montesquieu l’avait connu, j’ose croire qu’il aurait partagé cette opinion.

Au reste , il observe , avec raison , qu’une fédération doit être composée d’états à peu près de même force, et régis à peu près par les mêmes principes. L’absence de ces deux

conditions est la cause de la faiblesse du corps germanique ; et l’opposition des principes aristocratiques de Berne, de Fribourg avec la démocratie des petits cantons , a souvent été nuisible à la confédération helvétique , nommément dans ces derniers temps.

Il remarque encore , avec non moins de * justesse, que les petites monarchies sont moins propres à former une fédération que les petites républiques. La raison en est bien frappante. L’effet d’une fédération est d'élever une autorité commune au-dessus des autorités particulières} et par conséquent des rois qui essaieraient d’en former une , ou cesseraient d’être souverains ou ne seraient pas de vrais fédérés. C’est çg qui se voit en Allemagne , où les petits princes n’ont que l’apparence de la souveraineté , et où les grands n’ont que l’apparence d’être de la fédération. Cette réflexion , si notre auteur l’eùt faite, aurait , çe me semble , mieux prouvé sa thèse que l’exemple des rois cananéens qu’il nous cite ; exemple , en vérité , bien peu imposant et bien peu concluant.

A ce propos, qu’il me soit permis de dire que l’on ne peut assez s’étonner de la quan-

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