CHAPITRE X
Sur le Livre X. — Des lois dans le rapport quelles ont avec la force offensive.
Socs ce titre , ce livre traite du droit de faire la guerre, et de celui de faire des conquêtes, des conséquences de la conquête, de l’usage qu’on en peut faire, et des moyens de la conserver.
Le droit de faire la guerre qu’a une collection d’hommes, vient du droit qu’a chacun de ces hommes, en qualité d’être sensible, de défendre sa personne et ses intérêts ; car c’est pour les défendre avec moins de peine et plus de succès , qu’il s’est réuni en société avec d’autres hommes , et qu’il a ainsi converti son droit de défense personnelle en celui de faire la guerre conjointement avec eux.
Les nations sont les unes à l’égard des autres dans l’état où seraient des hommes sauvages qui , n’appartenant à aucune nation et n’ayant entre eifcc aucun lien social , n’au-
1 58 COMMESTAlhE SUR MONTESQUIEU, raient aucun tribunal à invoquer, aucune force publique à réclamer pour en être protégés. Il faudrait bien qu’ils se servissent chacun de leurs forces individuelles pour se • conserver.
Cependant ces hommes-là même , pour ne pas se dévorer incessamment comme des bêtes féroces, seraient obligés de faire usage de la faculté qu'ils auraient, quoique bien imparfaitement, de s'entendre les uns les autres, de s'expliquer quand ils seraient en querelle; sans quoi leurs différens dureraient éternellement ; de faire entre eux quelques conventions pour se laisser réciproquement en repos, et de compter, jusqu a un certain point, sur la foi juçée, quoiqu’ils n’en eussent pas une garantie bien rassurante.
C’est aussi ce que font les nations. Les plus brutale* s’envoient des parlementaires , des hérauts, des ambassadeurs que l’on respecte , fout des traités , se donnent des otages. Les plus civilisées vont jusqu’à mettre des bornes à leurs fureurs, même pendant que la guerre dure encore. Elles s’accordent respectivement le droit d’enterrer les morts, soignent les blessés, échangent les prison*