CHAPITRE X, LIVRE X. à 5g
niers, au lieu de les manger ou d’exercer sur eux une vengeance feroce ; et d’un autre côté, elles s’habituent à ne pas rompre la paix sans provocation et sans explication , et sans déclarer que l’explication ou la satisfaction ne sont pas suffisantes. Tout cela prend la force d’usages reçus et de règles convenues entre elles; règles qui manquent à la vérité de moyen coercitif pour empêcher d’y contrevenir (i) , mais qui n’en composent pas moins ce que l'on appelle le droit des nations, le droit des geus, jus geutium.
Cet ordre de choses fait sortir les nations de l’état d’isolement absolu que nous avons peint d’abord, et les amène à être entre elles dans un état de société informe et à peine ébauché , à peu près tel qu’il existe entre les sauvages , qui, par une espèce de confiance mutuelle, se sont réunis en une même horde, sans avoir su organiser une puisdfcice publique qui assure les droits de chacun d’eux. Déjà, dans cet état, le meilleur système de
^i) C’est ce qui fait qu’elles ne sont pas de*véritables lois positives, quoique fondées sur les lois éternelles de la nature. Voyez la définition du mot loi, au chapitre premier.
l/|0 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU.
conduite est , en general , la probité unie à la prudence , parce qu’en ménageant les moyens de défense personnelle, il assure l’appui qui résulte de la confiance et de la bienveillance générales. C’est là ce qu’on peut dire en faveur de l’observation des règles du droit des gens ; c’est la seule sanction dont ces règles soient susceptibles actuellement.
Il paraîtra peut-être que c’est injurier les nations civilisées , de dire qu’elles sont entr elles dans un état semblable à celui des individus qui composent une société informe et à peine ébauchée. Cependant c’est un grand pas de fait d'être sorti de l’état d’isolement absolu : pour arriver à celui de société perfectionnée et organisée, il ne leur manque que d’établir entre elles un tribunal et une force coercitive commune , comme font dans l’intérieur d’une fédération les peuples fédérés , comment dans l’intérieur d’une société les individus qui en sont membres. *
Ce second pas a toujours paru impossible et chimérique; pourtant il est peut être bign moins difficile à faire que le premier ou les deux premiers qui l’ont précédé. Quand on songe combien il a fallu de temps et de