‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 78 sur 216 · CHAPITRE X, LIVRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X, LIVRE X

peines pour que les hommes dans leur état primitifsoient parvenusà former un langage, même imparfait, à s’entendre passablement, à s'inspirer assez de confiance mutuelle pour former ensemble de petites sociétés, et ensuite de plus grandes ; combien il en a fallu plus encore pour que ces sociétés aient cessé d être, les unes à l’égard des autres, précisément comme des troupeaux de bêtes farouches , pour quelles aient établi entre elles quelque communication et des relations morales ; il paraîtra infiniment plus aisé que ces l'elations morales s’organisent et deviennent de vraies relations sociales. 11 y a certainement eu une époque où il devait paraître plus difficile de former une république fédérative quelconque, qu’il ne l’est actuellement d’établir un vrai pacte social entre plusieurs grandes nations; et il y a plus loin de l’état originaire de l’homme à la ligue des Achéens, que de l’état actuel de l’Europe à la' fédération régulière de toutes ses parties. Le plus grand obstacle à cette fédération vient certainement des monarchies que renferme cette* partie du monde , parce quelles y sont bien moins propres que les républiques par les

142 COMMENTAIRE SCR MONTESQUIEU, raisons que nous avons dites dans Je chapitre precedent. Mais à quoi servirait-il de s’efforcer de présenter un tel projet comme exécutable à présent? et à quoi surtout serait-il utile de s’obstiner à le proclamer impossible à jamais? Il y a plus de choses possibles que nous ne le croyons; l’expérience le prouve tous les jours. Laissons faire au temps, ne nous pressous point de réaliser des rêves, et pressons nous encore moins de combattre et de détruire les espérances des gens de bien.

Je «suis fâché que Montesquieu, à propos du droit qu’ont les nations de faire la guerre, ne se soit pas occupé de débrouiller les idées fondamentales du droit des gens. 11 en serait résulté beaucoup de lumière. Mais du moins nous devons le remercier d’avoir rejeté les absurdités de tous nos anciens publicistes sur ce sujet, et lui savoir encore plus de gré d’avoir dit formellement , que le droit de faire la guerre n’a pas d’autre fondement que celui d’une défense nécessaire, et qu'il ne peut jamais être question de prendre les armes pour des raisons d’amour-propre ou de bienséance, et encore moins pour la gloire, ou plutôt pour la vanité d’un prince.

Page 1