CHAPITRE X, LIVRE X. l
Du droit de faire Ja guerre dérive le droit de faire des conquêtes. Réunir à son territoire tout le pays du peuple vaincu ou du moins une partie, est ltgmoyen de constater su supériorité , de tirer avantage de ses succès , de diminuer la puissance de l’ennemi en augmentant la sienne , et d’assurer sa tranquillité à l’avenir. Les nations sauvages u’ont pas ce4 moyen d'atteindre le but de la guerre et d'établir la paix. C’est un des malheurs de le ur condition. Aussi leurs guerres sont-elles atroces , et , pour ainsi dire , sans terme ; et, lorsqu’il y a eu quelques exemples de mauvaise foi réciproque, il n’y a plus de possibilité de repos que dans la destruction entière d'une des deux parties belligérantes.
Cependant la conquête, quoique préférable à cette funeste extrémité , serait encore une atteinte aif droit naturel qua chaque homme de nôtre membre dune société qn’autant qu’il le veut , si le peuple victorieux ne laissait pas à tous les habitaus du pays conquis la liberté d’en sortir , comme les vainqueurs eux-mêmes doivent toujours, avoir celle de s’expatrier quand ils le ju-
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i44 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU.
gent à propos. Seulement, à l’égard des vaincus , il peut , suivant les circonstances et pendant un certain temps, prendre quelques précautions et mett*e des conditions à cette liberté. Mais enfin elle doit exister ; et , avec cette mesure, la conquête est parfaitement exempte de reproches aux yeux de la justice , si la guerre elle-même a été juste.
Maintenant naissent deux questions. Quand et jusqua quel point doit-on faire des conquêtes ? et comment, après la paix , doit-on traiter le pays conquis? Montesquieu expose en détail quels sont, sur ces deux points, les intérêts de chacun des gouvernemens qu’il distingue, il explique même avec soin comment doit se conduire une nation qui on subjugue une autre , en s’établissant toute entière dans son territoire , comme les Tartares à la Chine et les Francs dans les Gaules.
Pour moi , j’écarterai d’abord cette dernière supposition, parce que je n’y vois qu’un état de guerre qui se prolonge indéfiniment, et qui subsiste jusqua ce que les vainqueurs aient été expulsés , ou que les deux nations se soient complètement fondues l’une dans l’autre , de gré ou de force.