‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 85 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI

dans l'indifférence , ou dans une sorte d impassibilité , comme les stoïciens qui prétendaient que leur sage était libre dans les fers ; d’autres la placent dans la pauvreté ; d’autres, au contraire , dans une honnête aisance , ou bien dans 1 état d isolement et d’indépendance absolue de tout lien social. D’autres encore prétendent qu’être libre , c’est vivre sous un gouvernement d’une telle espèce, ou, en général, sous un gouvernement modéré, ou même seulement sous un gouvernement éclaire. Toutes ces opinions sont justes, relativement au côté par lequel on considère l'idée de la liberté^ mais, dans aucune, on ne la voit sous tous ses aspects , et on 11e l’embrasse dans toute ^on étendue. Cherchons donc ce que toutes ces différentes espèces de liberté ont de commun , et sous quel point de vue elles se ressemblent toutes ; car cela seul peut entrer dans l id.ee générale , abstraite de toutes les idées particulières , et les renferme toutes dans son extension.

Si nous y réfléchissons bien , nous trouverons que la qualité commune à toutes les espèces de liberté , est quelles procurent à celui qui en jouit un plus grand développe-

1 54 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, ment de l’exercice de sa volonté , que s’il en était privé. Ainsi l’idée de liberté , dans son plus haut degré d'abstraction , et dans sa plus grande étendue , n’est autre que l’idée de la puissance d’exécuter- sa volonté ; et être libre , en général , c’est pouvoir faire ce qu’on veut.

D’après cela , l’on voit que l’idée de liberté n’est applicable qu’aux êtres doués de volonté. Aussi, quand nous disons que de l’eau coule plus librement quand on a enlevé les obstacles qui s’opposaient à son passage , du qu’une roue tourne plus librement parce qu’on a diminué les frottemens qui retardaient son mouvement , ce n’est que par extension , èt parce qfle nous supposons, pour ainsi dire , que celte eau a envie de couler , que cette roue a envie de tourner.

Par la même raison, cette question tant débattue , notre volonté est- elle libre ? ne devait pas naître : car il ne peut s’agir de liberté , par rapport à notre volonté , que quand elle est formée , et non pas avant qu’elle le soit. Ce qui y a donné lieu, c’est que, dans certaines occasions, les motifs qui agissent sur -nous sont si puissans , qu’il n’est pas possible

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