‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 86 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI. i

qu'ils ne nous déterminent pas tout de suite . . à vouloir une chose plutôt qu’une autre ; et alors nous disons que nous voulons forcément; tandis que , dans d'autres circonstances , les motifs ayant moins d’intensité et d’énergie , nous laissent la possibilité d’y réfléchir , de les peser et de les apprécier; et alors nous croyons que nous avons le pouvoir d’y résister ou d’y obéir, et de prendre une détermination plutôt qu'une autre , uniquement parce que nous le voulons. Mais c’est une illusion ; car, quelque faible que soit un motif, il entraîne nécessairement notre volonté , s’il n’est pas balancé par un autre qui soit plus fort; et alors celui-là est aussi nécessairement déterminant que l’aurait été l’autre, s’il avait existé seul. On veuftou on ne veut pas, mais on ne peut pas vouloir vouloir; et, quand on le pourrait, il y aurait encore une cause à cette volonté antécédente, et cette cause serait hors de l’empire de notre volonté , comme le sont toutes celles qui la font naître. Concluons que la liberté n’existe qu’après la volonté et relativement à elle, et quelle n’est que le pouvoir d’exécuter la volonté (i). Je

(i) C’est aussi le sentiment do Lo'-.k.e.

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demande pardon au lecteur de cette discussion métaphysique sur la nature de la liberté ; mais il verra bientôt qu’elle n’est ni déplacée ni inutile. Il est impossible de bien parler désintérêts des hommes sans premièrement se bien rendre compte de la nature de leurs facultés. Si quelque chose a manqué aux lumières du grand homme que je commente , c’est surtout cette étude préliminaire. Aussi l’on peut voir combien est vague l’idée qu’il nous a donnée du sens du mot liberté , quoiqu’il ait consacré trois chapitres à le déterminer. Nous lui avons déjà lait, à peu près, le même reproche au sujet du mot/oi,çlans le premier chapitre.

La liberté , dans le sens le plus général de ce mot , n’est donc autre chose que la puissance d’exécuter sa volonté , et d’accomplir ses désirs. Maintenant , la nature de tout être doué de volonté est telle , qu’il n’est heureux ou malheureux que par cette faculté de vouloir et que relativement à elle. Il jouit quand ses désirs sont accomplis; il souffre quand ils ne le sont pas ; et il ne saurait y avoir de bonheur et de malheur pour lui , qu'au tant que ce qu’il désire arrive 'ou n’arrive pas.

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